À Ein el-Hilweh, une infrastructure de l’(in)sécurité
À Saïda, dans le sud du Liban, une zone d’environ 1,5 km2 est entourée de hauts murs, de fils barbelés, de tours de guet et de checkpoints tenus par l’armée libanaise. Près de 80 000 personnes vivent dans cet espace composé d’une partie centrale et de huit quartiers informels. À chaque entrée, les militaires vérifient les identités, inspectent les véhicules et filtrent la circulation des personnes et des marchandises. Il ne s’agit pas d’une caserne, mais d’Ein el-Hilweh, le plus grand des douze camps de réfugiés palestiniens du Liban.

Le régime d’enfermement dessine les cartes sociale et politique palestiniennes au Liban. Il s’agit d’une manifestation de pouvoir, capable de gouverner la vie (biopolitique[1]), et susceptible d’administrer la mort (nécropolitique[2]). Les murs et les points de contrôle gouvernent la circulation, mais ils contribuent également à administrer l’exposition au danger. Ces barrières façonnent la manière dont les Palestiniens sont présents à l’intérieur du camp et représentés à l’extérieur. Ils encadrent les géographies des luttes au sein de ces camps tout en offrant un outil à la fois symbolique et coercitif, dans la mesure où la question palestinienne reste une affaire sécuritaire, tant du point de vue de la population libanaise que dans le traitement politique et institutionnel de la question des réfugiés.
Ce dispositif repose sur un paradoxe. Ein el-Hilweh fait l’objet d’une surveillance extérieure étroite, tandis qu’à l’intérieur, l’État libanais n’assure ni la police quotidienne ni les services publics, ni la protection des habitants. L’armée contrôle les accès sans gouverner l’espace qu’elle délimite. Les factions palestiniennes contrôlent des quartiers et arbitrent certains conflits sans constituer une autorité commune. L’UNRWA[3] (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) fournit des services essentiels sans disposer d’un mandat politique. Cet enchevêtrement ne
