Économie

Crise de la microfinance : qu’en est-il ?

Enseignant-chercheur en Sciences de Gestion-Management, et ESS

Il y a vingt ans, le microcrédit était prôné comme « la » solution pour éradiquer la pauvreté à l’échelle mondiale en améliorant financièrement les conditions de vie. Théorisé en 2005 alors que l’ONU lui consacrait une « année internationale » et que l’un de ses initiateurs s’apprêtait à recevoir un Prix Nobel de la Paix, le microcrédit semblait promis à un avenir radieux. Mais il est aujourd’hui en crise.

«La microfinance n’est plus une utopie[1] ! » pouvait-on lire en 2007. Certes, elle a connu une expansion à l’échelle internationale qui laissait espérer une transition vers une économie plus humaine grâce à l’innovation financière à dimension sociale qu’elle portait.

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En effet, la microfinance a été expérimentée par le microcrédit afin de permettre aux exclus bancaires d’accéder à l’argent soit pour financer une activité génératrice de revenu, soit pour améliorer les conditions de vie au moyen d’un microfinancement autre que celui des tontines, des banquiers aux pieds nus[2] ou des transferts d’économie sur salaires pour les pays en développement (PED), ou bien des crédits renouvelables ou différés de paiement par carte dans les pays industrialisés.

Mais, dans les pays à bas revenus[3], la microfinance, c’est aussi de la micro-assurance santé pour les bénéficiaires du microcrédit face aux différentes pathologies rencontrées (paludisme, par exemple), prenant des formes variées, telles que : les mutuelles de solidarité (MUSO) par exemple. Microcrédit et micro-assurance sont aussi parfois liées à de la micro-épargne pour des bénéficiaires dits « co-contractants » soit parce que l’épargne est un préalable à l’accès au microcrédit, soit parce qu’elle compose le modèle d’accompagnement social lié à l’octroi du microcrédit.

Par conséquent, le microcrédit ne correspond qu’à un seul des trois éléments structurant la microfinance sociale ou de marché[4]. Pourquoi dès lors avoir développé un focus sur ce seul élément structurant de la microfinance ? Quelles en sont les conséquences à la fois empiriques et théoriques ? La microfinance concerne-t-elle les publics de bénéficiaires les plus fragiles ou les plus vulnérables dans les PED ? A-t-elle permis à l’échelle mondiale de faire du microcrédit entrepreneurial qui réduise les activités économiques informelles ou au marché noir ? Les approches théoriques ne se sont-elles pas trop focalisées sur la performance totale, é


[1] Sylvain Allemand, La microfinance n’est plus une utopie !, Éditions Autrement, 2007.

[2] Jean-Michel Servet, Banquiers aux pieds nus. La Microfinance, Odile Jacob, 2006.

[3] Alain Letourmy et Aude Pavy-Letourmy, « La micro-assurance de santé dans les pays à faible revenu. », Notes et documents, n° 26, Agence Française de Développement-AFD, 2006.

[4] Pascal Glémain, La microfinance sociale, Éditions Apogée, 2021 ; Chicot Eboué, Finance, Banque, Microfinance. Où va la richesse ?, Éditions Larcier, 2021.

[5] Abhijit Banerjee, Esther Duflo, Rachel Glenners et Cynthia Kinnan, « The Miracle of Microfinance ? Evidence from a Randomized Evaluation », American Economic Journal, Applied Economics, n°7, 2015 ; Abhijit Banerjee , Dean Karlan, Jonathan Zinman, « Six Randomized Evaluation of Microcredit : Introduction and Further Steps», American Economic Journal, Applied Economics, n°7, 2015.

[6] Isabelle Guérin, Solène Morvant-Roux et Magdalena Villareal, Microfinance, Debt and Over-Indebtedness. London and New York, Routledge, 2014.

[7] L’étude a été conduite de janvier 2009 à avril 2010 sur un échantillon de 807 individus bénéficiaires du microcrédit social dans le cadre du programme « parcours confiance » des Caisses d’Épargne. L’auteur fut l’un des experts de ce travail partenarial.

[8] Jean-François Bernoux, Évaluer la performance de l’action sociale, Dunod, 2009.

[9] Cécile Lapenu, Manfred Zeller, Martin Greely, Renée Chao-Béroff et Koenraad Verhangen, « Performances sociales : une raison d’être des institutions de microfinance … et pourtant encore peu mesurées. Quelques pistes », Revue Monde en Développement, n° 126, 2004.

[10] Pascal Glémain et Jean-Yves Dartiguenave, « Les effets socioterritoriaux des dispositifs de microfinance solidaire : la micro-épargne en région Grand Ouest », dans Patrick Gianfaldoni, Nadine Richez-Battesti et Laurent Fraisse (dir.), Quand l’économie sociale et solidaire fait territoire, Éditions universitaires d’Avignon, 2024.

[11] Joanna Le

Pascal Glémain

Enseignant-chercheur en Sciences de Gestion-Management, et ESS, Professeur des Universités en Sciences de Gestion-Management et ESS (UFR Sciences Sociales - AES

Notes

[1] Sylvain Allemand, La microfinance n’est plus une utopie !, Éditions Autrement, 2007.

[2] Jean-Michel Servet, Banquiers aux pieds nus. La Microfinance, Odile Jacob, 2006.

[3] Alain Letourmy et Aude Pavy-Letourmy, « La micro-assurance de santé dans les pays à faible revenu. », Notes et documents, n° 26, Agence Française de Développement-AFD, 2006.

[4] Pascal Glémain, La microfinance sociale, Éditions Apogée, 2021 ; Chicot Eboué, Finance, Banque, Microfinance. Où va la richesse ?, Éditions Larcier, 2021.

[5] Abhijit Banerjee, Esther Duflo, Rachel Glenners et Cynthia Kinnan, « The Miracle of Microfinance ? Evidence from a Randomized Evaluation », American Economic Journal, Applied Economics, n°7, 2015 ; Abhijit Banerjee , Dean Karlan, Jonathan Zinman, « Six Randomized Evaluation of Microcredit : Introduction and Further Steps», American Economic Journal, Applied Economics, n°7, 2015.

[6] Isabelle Guérin, Solène Morvant-Roux et Magdalena Villareal, Microfinance, Debt and Over-Indebtedness. London and New York, Routledge, 2014.

[7] L’étude a été conduite de janvier 2009 à avril 2010 sur un échantillon de 807 individus bénéficiaires du microcrédit social dans le cadre du programme « parcours confiance » des Caisses d’Épargne. L’auteur fut l’un des experts de ce travail partenarial.

[8] Jean-François Bernoux, Évaluer la performance de l’action sociale, Dunod, 2009.

[9] Cécile Lapenu, Manfred Zeller, Martin Greely, Renée Chao-Béroff et Koenraad Verhangen, « Performances sociales : une raison d’être des institutions de microfinance … et pourtant encore peu mesurées. Quelques pistes », Revue Monde en Développement, n° 126, 2004.

[10] Pascal Glémain et Jean-Yves Dartiguenave, « Les effets socioterritoriaux des dispositifs de microfinance solidaire : la micro-épargne en région Grand Ouest », dans Patrick Gianfaldoni, Nadine Richez-Battesti et Laurent Fraisse (dir.), Quand l’économie sociale et solidaire fait territoire, Éditions universitaires d’Avignon, 2024.

[11] Joanna Le