Roman (extrait)

L’inéquilibre

Écrivain

« À trente-neuf ans, pour étouffer mes pensées, j’ai besoin de ma mère. » Les pensées sont des êtres vivants sécrétés par un corps ou un cerveau qui se regarde devenir fou. Les médicaments d’Alcide Pierantozzi, dont sort bientôt le premier livre traduit en français, génèrent eux aussi leur chimie. Suite de notre série d’avant-premières de littérature étrangère avec ce roman traduit de l’italien par Lise Chapuis pour Gallimard.

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Je m’appelle Alcide Pierantozzi et je suis un patient lucide, vigile, collaboratif, à l’élocution fluide.

Ma dernière fiche clinique dit que j’ai une mimique faciale mobile, modulable, que je souris seulement par moments, en accord avec les contenus exprimés, et que je suis orienté dans les quatre modes.

 

Le patient se présente avec un aspect très soigné, un comportement approprié.

 

 S’il s’agissait d’un casting, ce serait déjà pas mal.

 

Le patient ne présente pas actuellement de symptômes de tics comme précédemment, la thymie est équilibrée. Il exprime toutefois une forte démoralisation due au traitement pharmacologique actuel : le remplacement de la Dépakine par la Lamotrigine (ajoutée à un traitement, depuis vingt ans, par Paroxétine 40 mg/jour et benzodiazépine) a été potentialisé avec du Bupropion, le résultat étant un bénéfice partiel exprimé par le patient, accompagné d’une augmentation parfois excessive de l’activité psychomotrice.

Le psychiatre de San Benedetto del Tronto qui le suit régulièrement avait posé un diagnostic de trouble bipolaire à cycle rapide présentant des traits anancastiques[1] et proposé précédemment différents traitements par Dépakine et aripiprazole. Ceux-ci ont été interrompus par la suite, le patient ayant fait état d’une sensation de gêne liée à l’incapacité d’exercer sa profession créative de romancier sous traitement antipsychotique.

Fumée : oui, trois cigarettes par jour, et trois joints par jour.

Toxicomanie : oui, précédemment jusqu’à dix joints par jour, cannabis et haschisch, cocaïne, benzodiazépine, popper, MDMA, LSD.

Café : oui, sept par jour.

Alcool : oui, précédemment, y compris alcools forts et spiritueux, mais abstinent depuis six ans.

Le patient nie la consommation d’alcool solitaire ou matinale. Le patient verbalise l’abus de boissons alcoolisées dans un but d’automédication avec pour résultat une réduction de la perméabilité émotionnelle, mais en contrepartie une dégradation au niveau social et professionnel.

Le


[1] Dans le jargon médical italien, le terme « anancastique » – qui ne fait plus partie de la terminologie psychiatrique française actuelle – signifie « obsessionnel ». (Note de l’auteur.)

 

Alcide Pierantozzi

Écrivain

Notes

[1] Dans le jargon médical italien, le terme « anancastique » – qui ne fait plus partie de la terminologie psychiatrique française actuelle – signifie « obsessionnel ». (Note de l’auteur.)