Littérature

Notre histoire – sur Retour au goudron du collectif Infernus Iohannes

Écrivain

Cette rentrée est marquée par les 11 livres de Retour au goudron d’Infernus Iohannes – collectif accueilli dans notre rubrique « Fiction » en 2020. La « performance » littéraire et éditoriale, pensée comme telle, réunit 11 maisons d’édition qui toutes publient en même temps ce dernier geste de l’aventure post-exotique et ses hétéronymes. Antoine Volodine, leur porte-parole, avait donné son congé avec Vivre dans le feu en 2024. Nous est laissé un continent gigantesque et le temps de ne pas finir encore.

Donc ce serait la fin ?

Cette fois-ci, vraiment, ce serait la fin. Pas la fin non-fin, celle par laquelle tout commence et a toujours commencé.

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1. La fin ?

La vraie fin : la fin de « je me tais » et il n’y a plus rien après, sinon quelques entretiens pour accompagner le dernier geste.

Mais la fin de quoi au fond ?

Ce n’est pas parce qu’on dit « je me tais » que dans les faits, on arrête de parler. Un livre parle toujours, les livres parlent toujours, du moment qu’ils circulent encore ou qu’on peut les ouvrir ou les rouvrir, quelque part. Ils peuvent dire qu’ils se taisent, ils continuent à parler. Un personnage peut se taire dans un livre, un auteur peut arrêter d’écrire, il n’empêche, leurs textes continuent à parler.

Antoine Volodine nous dit pourtant : avec ces publications d’Infernus Iohannes, c’est la fin. Et l’un des livres se clôt sur cette phrase : « Je me tais. »

Un personnage, qui est aussi auteur, ou un auteur qui est aussi personnage, puisqu’il apparaît dans certains livres (notamment dans Dernière livraison comme co-auteur d’un livre dans le livre, « Chantons sous la suie », avec Maria Soudaïeva), donc Antoine Volodine dit que ça y est, l’expérience littéraire à laquelle il a contribué largement en signant presque exactement la moitié des quarante-neuf livres s’achève.

Et c’est un autre personnage qui est aussi auteur, Infernus Iohannes (présent dès la publication du premier livre d’Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, en 1985, et depuis lors régulièrement évoqué, avant d’apparaître comme auteur du bien « réel » Débrouille-toi avec ton violeur paru en 2022 aux Éditions de L’Olivier), qui prend le relais et à qui il revient de dire les derniers mots, depuis longtemps annoncés, « je me tais ». Le personnage d’Infernus Iohannes est une sorte de golem qui traverse la fiction et finit par prendre forme imprimée, sur une couverture de livre.

Ces mots, « je me tais » on les trouve en clôture d’un des onze livres qui portent cette


[1] Antoine Volodine, Vivre dans le feu, Seuil, « Fiction & Cie », 2024.

[2] Manuela Draeger, Arrêt sur enfance, L’Olivier, 2025.

[3] Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, 1985, Un navire de nulle part, 1986, Rituel du mépris, 1986, Des enfers fabuleux, 1988, Denoël, coll« Présence du Futur ». Ces quatre premiers titres sont réédités par Denoël en un seul volume en 2003 dans la collection « Des heures durant ».

[4] Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, 1990, Alto solo, 1991, Le Nom des singes, 1994, Le Port intérieur, 1996, éditions de Minuit.

[5] Antoine Volodine, Nuit blanche en Balkhyrie, 1997, Vue sur l’ossuaire, 1998, Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, 1998, éditions Gallimard.

[6] À partir de Des anges mineurs, Éditions du Seuil, « Fiction & Cie », 1999, qui obtient le Prix Wepler et le Prix du livre Inter.

[7] Le premier est Ilia Mouromietz et le rossignol brigand, L’École des Loisirs, Médium, 1999.

[8] Le premier est Pendant la boule bleue, L’École des Loisirs, Médium, 2002.

[9] Haïkus de prison, Verdier, coll. « Chaoïd », 2008 ; Avec les moines-soldats, Verdier, coll. « Chaoïd », 2008.

[10] Lutz Bassmann, Les aigles puent, Verdier, coll. « Chaoïd », 2010 ; Antoine Volodine, Écrivains, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2010 ; Manuela Draeger, Onze rêves de suie, L’Olivier, 2010.

[11] La catégorie d’auteur est mal adaptée à ce nom qui désigne un collectif imaginaire.

[12] Antoine Volodine, « Écrire en français une littérature étrangère », chaoïd, n°6, automne-hiver 2002.

[13] Michel Foucault, L’Ordre du discours, Gallimard, 1971.

[14] « Va savoir » : entretien avec Antoine Volodine par la commune Dura Nox, En attendant Nadeau, n°249, 25 août 2026.

[15] Lionel Ruffel, « Mille et une nuits noires » Europe, dossier spécial Antoine Volodine, août/septembre 2007.

[16] Nicole Caligaris, « Hendécalogie des confins », En attendant Nadeau, n°249, 25 août 2026.

[17] Antoine Volodine, Nos animaux préférés, éditions du Seuil, coll. « Ficti

Lionel Ruffel

Écrivain, Professeur à l'Université Paris 8

Rayonnages

CultureLittérature

Notes

[1] Antoine Volodine, Vivre dans le feu, Seuil, « Fiction & Cie », 2024.

[2] Manuela Draeger, Arrêt sur enfance, L’Olivier, 2025.

[3] Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, 1985, Un navire de nulle part, 1986, Rituel du mépris, 1986, Des enfers fabuleux, 1988, Denoël, coll« Présence du Futur ». Ces quatre premiers titres sont réédités par Denoël en un seul volume en 2003 dans la collection « Des heures durant ».

[4] Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, 1990, Alto solo, 1991, Le Nom des singes, 1994, Le Port intérieur, 1996, éditions de Minuit.

[5] Antoine Volodine, Nuit blanche en Balkhyrie, 1997, Vue sur l’ossuaire, 1998, Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, 1998, éditions Gallimard.

[6] À partir de Des anges mineurs, Éditions du Seuil, « Fiction & Cie », 1999, qui obtient le Prix Wepler et le Prix du livre Inter.

[7] Le premier est Ilia Mouromietz et le rossignol brigand, L’École des Loisirs, Médium, 1999.

[8] Le premier est Pendant la boule bleue, L’École des Loisirs, Médium, 2002.

[9] Haïkus de prison, Verdier, coll. « Chaoïd », 2008 ; Avec les moines-soldats, Verdier, coll. « Chaoïd », 2008.

[10] Lutz Bassmann, Les aigles puent, Verdier, coll. « Chaoïd », 2010 ; Antoine Volodine, Écrivains, Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2010 ; Manuela Draeger, Onze rêves de suie, L’Olivier, 2010.

[11] La catégorie d’auteur est mal adaptée à ce nom qui désigne un collectif imaginaire.

[12] Antoine Volodine, « Écrire en français une littérature étrangère », chaoïd, n°6, automne-hiver 2002.

[13] Michel Foucault, L’Ordre du discours, Gallimard, 1971.

[14] « Va savoir » : entretien avec Antoine Volodine par la commune Dura Nox, En attendant Nadeau, n°249, 25 août 2026.

[15] Lionel Ruffel, « Mille et une nuits noires » Europe, dossier spécial Antoine Volodine, août/septembre 2007.

[16] Nicole Caligaris, « Hendécalogie des confins », En attendant Nadeau, n°249, 25 août 2026.

[17] Antoine Volodine, Nos animaux préférés, éditions du Seuil, coll. « Ficti