La longue marche – sur Les Survivants du Che de Christophe Dimitri-Réveille
Force est de constater que, dix ans après la mort de son leader Fidel Castro et alors que la menace de l’enlèvement de son frère Raul pèse sur l’île, l’expérience cubaine revient. Dans le cinéma français, à tout le moins, car près de trois longs-métrages tournent autour de Cuba, la prise de pouvoir castriste et les initiatives tricontinentales qu’elle a inspirées.

Les Survivants du Che est le premier à sortir mais il sera suivi par Une vie manifeste de Jean-Gabriel Périot, lui aussi sélectionné à Cannes, et Tricontinentale, lettre à ouvrir au cas où de Laura Cazador qui fut projeté à Visions du Réel à Nyon, ces deux derniers intéressés par la figure méconnue de la critique de cinéma Michèle Firk, morte dans une guérilla au Guatemala à l’été 1968.
Un deuxième constat porterait sur la nature profondément empathique de ce regain, une sympathie qui s’oppose au traitement médiatique encore en vigueur concernant Cuba. Il n’est pas question, dans ces films, de s’attarder sur les exécutions sommaires promues par le foquisme ni sur la répression des opposants politiques – Christophe Dimitri-Réveille ne mentionne le bilan contrasté du régime que dans un dernier temps – mais de réveiller l’enthousiasme révolutionnaire qui a saisi l’île et que le Che a voulu étendre au Tiers Monde en créant « deux ou trois Vietnam ».
C’est que la révolution cubaine n’a jamais été éludée par le cinéma occidental mais son récit a auparavant été écrit par ceux qu’elle a défaits : les États-Unis d’Amérique. Qu’il s’agisse de Topaz d’Alfred Hitchcock ou, plus récemment, du diptyque Che de Steven Soderbergh, le regard porté sur le médecin argentin et ses camarades se fait non sans condamnation, ni, dans le cas d’Hitchcock, sans propagande.
Là réside le troisième constat liminaire : le retour cinématographique de Cuba à l’écran passe par le réemploi des images produites par le régime. Cuba s’est en effet dotée très vite de son propre organe de production cinématographique, l’ICAIC, fondé qua
