Cinéma

N’attendez pas trop de la fin du monde – sur Digger d’Alejandro González Iñárritu

Critique

Projet étrange et protéiforme, le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu se fait à la fois satire politique et fable écologique, c’est aussi la tentative d’une star de cinéma de se défaire de l’image qu’elle a donnée d’elle-même depuis de nombreuses années. Le pari est grand, peut-être trop grand, et met le cinéma hollywoodien d’aujourd’hui au défi.

Dès le réveil de Digger Rockwell, quelque chose cloche. Pas seulement dans ses grands projets miniers ou dans ses relations personnelles : certes, on sent bien que quelque chose a déjà commencé à s’effondrer, mais c’est aussi dans la structure, dans la facture même du film que l’on ressent que quelque chose ne va pas. Quelque chose est trop gros, trop gris, trop équilibré. La réussite de la scène, sa lenteur – on pourrait croire un instant que tout le film va se dérouler en temps réel – et sa grisaille, camouflent mal qu’il y a là un vice caché.

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Bien que le secret fût longtemps gardé sur ce que Digger racontait (un carton en ouverture du film invite même le spectateur à ne rien en révéler – lecteurs, lectrices, vous êtes prévenus), on savait qu’il s’agirait d’une fable allégorique : « L’histoire d’un homme surpuissant qui détruit le monde avant de le sauver », lisait-on çà et là (c’est d’ailleurs assez inexact, car Digger a peu à voir avec le « sauvetage » du monde). Et l’on comprend bien vite que tout, dans ce film, sera allégorique. C’est-à-dire que d’une certaine manière tout sera faux : les personnages ne seront pas des êtres humains pris de sentiments individuels, mais des figures caricaturales ; les événements seront trop énormes pour qu’on puisse y croire, et il faudra y chercher un sens caché ; le parcours du personnage servira de leçon.

Il s’agit, en l’occurrence, d’une allégorie politico-écologique, assez (un peu trop ?) dans l’air du temps. Digger, comme son nom l’indique, est un magnat du pétrole, héritier d’une entreprise familiale qui exploite ces ressources depuis des générations. Il provoque, un jour, une catastrophe sans précédent, qu’un gouvernement corrompu et dictatorial ne va cesser d’aggraver, emportant le monde dans un effondrement général. Un récit raconté sommairement, par fragments et ellipses, mais surtout raconté au second degré : dans un retournement dont il faut admettre qu’il surprend vraiment, Digger se révèle être un métafi


[1] Pour comprendre Donald Trump, il faut le regarder tel qu’il est ; ses meilleurs imitateurs sont souvent ceux qui sont aussi visés sinon tentés par son discours (comme le comédien de stand-up Shane Gillis). Sur cette énergie physique et même dramatique de Trump, on pourra lire le très bon ouvrage de Dork Zabunyan, Fictions de Trump (Le Point du jour, 2020), qu’il faudrait presque réécrire maintenant que ce corps perd en vitalité.

[2] On peut citer, en langue française, le livre de Louis Blanchot, Les Vies de Tom Cruise (Capricci, 2016).

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Notes

[1] Pour comprendre Donald Trump, il faut le regarder tel qu’il est ; ses meilleurs imitateurs sont souvent ceux qui sont aussi visés sinon tentés par son discours (comme le comédien de stand-up Shane Gillis). Sur cette énergie physique et même dramatique de Trump, on pourra lire le très bon ouvrage de Dork Zabunyan, Fictions de Trump (Le Point du jour, 2020), qu’il faudrait presque réécrire maintenant que ce corps perd en vitalité.

[2] On peut citer, en langue française, le livre de Louis Blanchot, Les Vies de Tom Cruise (Capricci, 2016).