Théâtre

Bergman et l’art du manque – sur Scènes de la vie conjugale d’Arthur Nauzyciel

critique

Pensé par Ingmar Bergman pour le cadre le plus resserré qui soit – deux visages en gros plan à la télévision –, Scènes de la vie conjugale se déploie sur l’immense plateau de la salle Vilar du Théâtre National de Bretagne. Arthur Nauzyciel fait de l’espace un amplificateur de solitude et de rapports de force, orchestre l’absence d’une Paula qu’on ne verra jamais, fait tomber masques et perruque : la façade bourgeoise se défait, le couple reste à vif.

Marianne et Johan ont tout d’un couple modèle. Treize ans de mariage, deux enfants, une belle maison dans la Suède protestante. Elle est avocate spécialisée dans les divorces, lui universitaire. Ils devraient savoir se parler, maîtriser les mots. Mais quelque chose se détraque.

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En 1973, Ingmar Bergman (1918-2007) donnait déjà à voir, épisode après épisode, la construction puis l’effondrement d’un mariage. Nauzyciel reprend ce matériau pour en faire une exploration contemporaine des forces aliénantes qui travaillent nos relations intimes.

Bénédicte Cerutti et Laurent Poitrenaux, réunis pour la première fois sur scène, portent l’essentiel du spectacle. Leur duo est d’une redoutable intensité. Cerutti, actrice au magnétisme tragique, incarne Marianne avec une retenue qui ne cesse de se fissurer. Poitrenaux, artiste associé au TNB, donne à Johan une assurance qui se délite sous nos yeux. Leurs corps, leurs voix, leurs silences disent mieux que les mots la lente érosion d’un lien. Il y a chez eux une écoute mutuelle qui rend chaque réplique, chaque silence, chaque regard, d’une densité presque insoutenable. On pense aux acteurs bergmaniens, Liv Ullmann et Erland Josephson, qui savaient transformer le quotidien en catastrophe domestique. Ici, le couple français trouve sa propre musique.

Un art du resserrement

La mini-série télévisée originale de Bergman compte, outre Marianne et Johan, plusieurs personnages secondaires : Peter et Katarina, le couple ami dont l’« inferno » ouvre la première scène ; Paula, la femme pour laquelle Johan quitte Marianne ; Madame Jacobi, une cliente du cabinet d’avocats de Marianne ; la mère de Marianne. La version scénique d’Arthur Nauzyciel ne conserve en réplique que Marianne, Johan, la mère et Madame Jacobi, ainsi qu’une brève apparition de Katarina[1] ; Peter et Paula, eux, n’en ont plus aucune. « On a coupé les autres personnages dans notre adaptation sauf ces trois femmes, car ce sont des scènes qui relèvent presque du témoigna


[1] Scènes de la vie conjugale, texte de travail, Arthur Nauzyciel/TNB, édition du 22 septembre 2026, relevé des répliques attribuées à Marianne, Johan, La Mère, Mme Jacobi et Katarina.

[2] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel », 15 janvier 2026.

[3] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel », voir note 2.

[4] île suédoise de la mer Baltique, située au nord de l’île de Gotland, célèbre pour avoir été le refuge et le lieu de création du cinéaste Ingmar Bergman.

[5] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel ».

[6] Ingmar Bergman, Scènes de la vie conjugale, trad. Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini, Éditions Gallimard, coll. « Folio » (n° 2409), 1992, p. 7 (Première édition française par Gallimard en 1975).

[7] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel ».

Guillaume Lasserre

critique, commissaire indépendant

Notes

[1] Scènes de la vie conjugale, texte de travail, Arthur Nauzyciel/TNB, édition du 22 septembre 2026, relevé des répliques attribuées à Marianne, Johan, La Mère, Mme Jacobi et Katarina.

[2] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel », 15 janvier 2026.

[3] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel », voir note 2.

[4] île suédoise de la mer Baltique, située au nord de l’île de Gotland, célèbre pour avoir été le refuge et le lieu de création du cinéaste Ingmar Bergman.

[5] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel ».

[6] Ingmar Bergman, Scènes de la vie conjugale, trad. Carl Gustaf Bjurström et Lucie Albertini, Éditions Gallimard, coll. « Folio » (n° 2409), 1992, p. 7 (Première édition française par Gallimard en 1975).

[7] Francis Cossu, « Entretien avec Arthur Nauzyciel ».