Cinéma

Un Paris algérien – sur Octobre à Paris de Jacques Panijel

Critique

La ressortie d’Octobre à Paris, censuré en 1962 et distribué officiellement à partir de 2011 seulement, donne l’occasion de contempler un document précieux de la guerre d’Algérie : le témoignage d’Algériens à Paris victimes du couvre-feu et du massacre du 17 octobre 1961. Au-delà du document, le film de Jacques Panijel se démarque comme un film de parole exemplaire et un monument du cinéma documentaire politique.

Dans le cas d’un film comme Octobre à Paris de Jacques Panijel, il est dur d’adopter un seul point de vue érudit ou d’esthète c’est-à-dire un point de vue de critique de cinéma tant la force du document d’histoire s’impose en premier lieu. Et, pourtant, ce sont des cinéastes, des artistes, qui, au moment de la guerre d’Algérie, ont cru bon de changer de trajectoire et de se servir de leur caméra comme arme.

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La guerre d’Algérie, on le sait, correspond à un moment fondateur pour l’extrême gauche française : se défiant du PCF pour sa frilosité sur le sujet et de la SFIO pour sa participation active au conflit, de jeunes militants vont chercher d’autres voies pour contester la colonisation et soutenir le FLN. Pour le cinéma, c’est là qu’une génération de techniciens et de cinéastes entre en politique et se met à défier la censure d’alors pour documenter le conflit et prendre le parti des Algériens : Yann Le Masson, René Vautier, Marceline Loridan, Jean-Pierre Sergent ou Michèle Firk, autant de noms auxquels s’ajoute celui de Jacques Panijel, ancien résistant mais non communiste.

C’est pourquoi Octobre à Paris a existé malgré sa censure, levée en 1973 suite à une grève de la faim de René Vautier. Lors de la guerre d’Algérie, les circuits clandestins, comme le ciné-club Action, continuaient de faire vivre ces œuvres que le pouvoir gaullien s’évertuait à faire disparaître. Et, avec ce film, c’est un document inestimable dont le public français fut privé jusqu’en 2011, date de la sortie officielle d’Octobre à Paris en France.

S’il constitue un document, c’est que le film de Jacques Panijel remplit au premier chef une fonction de contre-récit. En un sens, il s’agit d’abord de rétablir les faits et de les inscrire dans une continuité, de les détacher des deux bornes symboliques du 17 octobre 1961, date de la manifestation des Algériens à Paris contre le couvre-feu qui leur est imposé durement réprimée par la police du préfet Maurice Papon qui jeta des centaines de c


Élias Hérody

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