Roman (extrait)

Durassic Park

Écrivaine

Les 10 auteurs de Coup d’État, à paraître au Cercle ouvert, savaient qu’ils voyaient juste, mais peut-être pas à ce point. Arno Bertina, Alexandre Civico, Julia Deck, Mathias Enard, Jérôme Ferrari, Hélène Gaudy, Maylis de Kerangal, Mathieu Larnaudie, Oliver Rohe, Joy Sorman – qui se connaissent depuis la revue Inculte – ont chacun écrit une novela autour d’un schéma commun : février 2027, le président de la République décrète que les admissions aux urgences coûteront 30€. Siffler devient le signe de ralliement des protestations, qui enflent de jour en jour. Il y a des morts. Le directeur de la police tente un coup sur VTV, la chaîne du milliardaire Ladislas Benoît. Dans le roman de Julia Deck, les Durassin essayent de ne pas voir l’effondrement. Extrait inédit du chapitre 2.

Dimanche

Geoffrey ouvre un œil, tiré du sommeil par son tympan droit. Avec la quarantaine lui est venu ce désagrément. De temps à autre, son oreille crépite. Il chipote son pavillon, déglutit, fait jouer sa mâchoire. Ça ne change rien. En fin de compte, il doit admettre que le bruit ne vient pas de son conduit auditif, pas même de la chambre. La source gît à l’extérieur, dans le monde lointain, peuplé de menaces informes, qui commence au-delà du pâté de maisons. Anaïs dort à poings fermés. Les contrariétés de la veille lui ont donné la migraine.

Ned apparaît dans l’embrasure. Il vient dire bonjour et surtout vérifier si on n’a pas oublié la date, si on se rappelle bien qu’il a aujourd’hui dix ans et que la journée sera pleinement consacrée à la fête. Geoffrey se souvient de tout et l’embrasse, mon grand. La mère ôte son masque de nuit et attire son fils dans ses bras. L’enfant est rassuré. Il réclame son dû. Les parents échangent un regard complice, puis Geoffrey ouvre le tiroir de sa table de chevet. Ils ont eu chaud. Les perturbations de la semaine ont occasionné des retards de livraison. Ils ont failli ne pas recevoir à temps leur commande. Ned s’empare du paquet oblong. Il arrache le papier cadeau et déballe un téléphone omnipotent.

Trop bien.

Une once de mélancolie pointe néanmoins à travers la liesse. Le père se remémore les paradoxes de l’enfance, tant d’avide attente couronnée par un truc, tant d’espoirs éteints dans la matérialisation d’une simple chose. Pourtant il lui semble avoir éprouvé jadis une joie plus durable à s’emparer des objets. Quelque chose s’est rompu. Quelque chose dans l’ordre des générations s’est abîmé dans un creux du temps.

Geoffrey profite de ce que le petit est aux toilettes pour questionner son épouse. A-t-elle perçu les crépitements ? Anaïs n’a rien entendu. Ce doit être l’acouphène de Geoffrey. Le médecin lui a récemment diagnostiqué ce trouble de l’audition qui augure d’une presbyacousie rampante. Il se tranquillise en revenant s


Julia Deck

Écrivaine