La génération sacrifiée de la reproduction sociale
Les politiques économiques néolibérales, fondées notamment sur l’idée que les bénéfices de la croissance finiraient par « ruisseler » vers l’ensemble de la société, ont largement contribué à la dégradation des conditions d’existence de la jeunesse et au brouillard croissant qui pèse sur son avenir.

En donnant la priorité à la rentabilité économique des marchés — qui marche de pair avec la réduction des dépenses publiques, elles ont progressivement relégué au second plan la satisfaction des besoins sociaux. Cette hiérarchie économique privilégie les activités marchandes au détriment de celles qui rendent pourtant la production possible : éduquer, soigner, se nourrir et prendre soin des autres. Les féministes marxistes ont théorisé ces activités à travers le concept de reproduction sociale[1].
Ainsi, les travailleurs et souvent les travailleuses, de l’éducation, de la santé ou encore du soin, dont le travail est indispensable pour entretenir et renouveler la population active, se trouvent systématiquement dévalorisé·es, tant dans leur reconnaissance sociale que dans leurs rémunérations et leurs conditions de travail. Autrement dit, les activités qui permettent à l’économie de fonctionner sont précisément celles dont la valeur est la moins reconnue, alors même que le système capitaliste ne pourrait se maintenir sans elles.
Or, la jeunesse est au cœur de ces activités reproductives, comme usagère de l’éducation et de la santé, mais aussi comme main-d’œuvre privilégiée de ces emplois précaires et mal rémunérés. Qu’il s’agisse des baby-sitters faiblement payé·es et non déclaré·es, des internes des hôpitaux dont la rémunération devient dérisoire au regard des heures supplémentaires effectuées, ou encore des jeunes travailleur·euses précaires de la restauration et des services sociaux, les jeunes occupent une place importante dans des secteurs qui répondent aux besoins quotidiens de la population, tout en y subissant des conditions de travail particulièrement dégr
