International

Midterms : une campagne de fin des temps

Historien

Inflation, enlisement en Iran, sondages calamiteux : à la veille des midterms, le camp Trump n’a rien à défendre. Il lui reste un ennemi, le communisme, « cancer » qu’il faudrait opérer d’urgence. Risible au regard des forces réelles de la gauche américaine, ce péril rouge prend tout son sens sur le terrain religieux : de grands pasteurs évangéliques font du socialisme l’antichambre de l’Antichrist, et l’exécutif, de Rubio à Vance, cède à son tour à l’eschatologie.

Qu’on se le dise : il n’y a pas de guerre en Iran. Qu’importent les bombardements quotidiens, les attaques sur les bases américaines, les navires attaqués dans le détroit d’Ormuz. Tout cela n’est que de la « petite bière » (small potatoes) selon les dires du président Trump.

publicité

Il n’y a d’ailleurs pas plus de guerre en Iran qu’il n’y en a en Ukraine : le président Poutine prétend toujours qu’il s’agit d’ « opérations spéciales », bien qu’elles aient débuté il y a déjà plus de quatre ans et entrainé des centaines de milliers de morts, tant militaires que civiles. Pas plus qu’il n’y a, en dépit de toutes les analyses et des mises en garde des ONG, des agences de l’ONU, des historiens ou de la CPI, de génocide à Gaza. Inutile de commenter plus avant : tous les pouvoirs illibéraux ont le même réflexe de post-vérité orwellienne. Le mensonge pur et simple ou l’inversion sémantique font partie de leur communication quotidienne[1].

Pour autant, mensonges et inversions sémantiques ne suffisent pas pour remporter les élections, quand il y en a encore. Aux États-Unis, la situation est plus que tendue pour Donald Trump. S’il n’y avait encore que l’embourbement iranien ! mais il n’y a strictement aucune bonne nouvelle sur le plan économique : l’inflation reprend de plus belle, en dépit des aventures américaines au Vénézuéla ; l’augmentation des droits de douane n’a produit aucun effet bénéfique et la croissance n’est pas fameuse. Sur le plan politique, la menace se précise : les démocrates traditionnels sont sévèrement concurrencés sur leur gauche par les socialistes DSA (Democratic socialists of America) et des projections donnent la gauche massivement gagnante pour les midterms. Sur le plan intérieur, les exactions de la campagne du Doge d’Elon Musk contre les fonctionnaires ont laissé de lourdes traces et les homicides commis par la police de l’immigration ICE ont choqué jusque dans les rangs des évangéliques les plus fervents. De manière générale, le bilan des deux an


[1] Le phénomène n’est pas seulement russe, israélien ou américain. En France, on constate la même chose : les macronistes, note Jérémy Rubenstein, « n’auront eu de cesse de vider de leurs substances les mots », comme en témoignent les derniers propos d’Aurore Bergé sur le Grand Remplacement : il ne s’agirait pas, selon elle, d’une théorie raciste mais d’une perception erronée. Voir Jérémy Rubenstein, « Pluralisme » is the new Free Speech.

[2] Discours du 4 juillet 2026: « America will never be a communist country. Won’t happen. Communism is a loser, and it always will be. The communist system is the opposite of the American system, and the communist system has never worked. Our warriors did not fight communism on battlefields across the world only to have that menace rear its ugly head right back here in America. We’re not going to let it happen. We like to stop a threat like that immediately and before it begins. It’s like a cancer. You got to cut it out. You got to cut it out fast ».

[3] Johann Chapoutot, La loi du sang, penser et agir en nazi, Gallimard, 2014, 11.34 (epub) : « De fait, les deux principes qui doivent régir ce code nouveau sont que « la loi suprême est le bien du peuple allemand » et que « le sang allemand, l’honneur allemand et la santé héréditaire doivent être gardés purs et protégés. Ils sont le fondement du droit racial allemand ».

[4] Voir Omer Bartov, Hitlers’Army, Soldiers, Army and War in the Third Reich, Oxford University Press, New York/Oxford, 1992, p.34. On avait enseigné aux soldats de la Wehrmacht qu’il ne fallait en aucun cas se rendre à l’Armée Rouge : « collectively, because a Soviet victory would spell the end of civilization, indeed could only be understood in terms of a universal apocalypse ».

[5] Voir Serge Halimi, « Donald Trump contre le péril rouge », Monde Diplomatique, septembre 2026.

[6] Voir la réédition de l’essai bien connu de Richard Hofstadter, Le style paranoïaque, Théories du complot et droite radicale en Amérique

Joël Schnapp

Historien

Notes

[1] Le phénomène n’est pas seulement russe, israélien ou américain. En France, on constate la même chose : les macronistes, note Jérémy Rubenstein, « n’auront eu de cesse de vider de leurs substances les mots », comme en témoignent les derniers propos d’Aurore Bergé sur le Grand Remplacement : il ne s’agirait pas, selon elle, d’une théorie raciste mais d’une perception erronée. Voir Jérémy Rubenstein, « Pluralisme » is the new Free Speech.

[2] Discours du 4 juillet 2026: « America will never be a communist country. Won’t happen. Communism is a loser, and it always will be. The communist system is the opposite of the American system, and the communist system has never worked. Our warriors did not fight communism on battlefields across the world only to have that menace rear its ugly head right back here in America. We’re not going to let it happen. We like to stop a threat like that immediately and before it begins. It’s like a cancer. You got to cut it out. You got to cut it out fast ».

[3] Johann Chapoutot, La loi du sang, penser et agir en nazi, Gallimard, 2014, 11.34 (epub) : « De fait, les deux principes qui doivent régir ce code nouveau sont que « la loi suprême est le bien du peuple allemand » et que « le sang allemand, l’honneur allemand et la santé héréditaire doivent être gardés purs et protégés. Ils sont le fondement du droit racial allemand ».

[4] Voir Omer Bartov, Hitlers’Army, Soldiers, Army and War in the Third Reich, Oxford University Press, New York/Oxford, 1992, p.34. On avait enseigné aux soldats de la Wehrmacht qu’il ne fallait en aucun cas se rendre à l’Armée Rouge : « collectively, because a Soviet victory would spell the end of civilization, indeed could only be understood in terms of a universal apocalypse ».

[5] Voir Serge Halimi, « Donald Trump contre le péril rouge », Monde Diplomatique, septembre 2026.

[6] Voir la réédition de l’essai bien connu de Richard Hofstadter, Le style paranoïaque, Théories du complot et droite radicale en Amérique