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Docteur El-Sayed au Sénat ou le Michigan laboratoire de la vague démocrate

Politiste

Ce mardi, les Démocrates ont repris la Chambre et le Sénat, conquis une majorité de gouvernorats et fait tomber des bastions républicains jusqu’au Texas. Dans cette vague, un visage : Abdul El-Sayed, 42 ans, épidémiologiste, ancien directeur de la santé de Detroit, fils d’immigrés égyptiens, devient le premier musulman élu au Sénat des États-Unis. Il a gagné sur un programme clair, martelé pendant dix-huit mois : le pouvoir d’achat, mettre un terme à la manipulation du jeu politique par les grandes fortunes, l’accès à la santé pour tous. Et il l’a emporté malgré une primaire où le super PAC de l’AIPAC a dépensé plus de 30 millions de dollars contre lui, et malgré la défection, dans les derniers jours, de sa principale rivale démocrate.

Abdul El Sayed a emporté l’élection sénatoriale dans le Michigan avec un large score de 53%, contre son rival républicain et proche du courant MAGA, Mike Rogers qui n’a fait que 45% [Ndlr – résultats de 17h48, sur 95 % des votes]. Résumer la campagne à l’élection d’un musulman au Sénat serait passer à côté de l’essentiel. El-Sayed a gagné en parlant d’assurance maladie, de prix des médicaments, d’argent en politique. Il a gagné avec le syndicat de l’automobile. Il est, avant tout, le sénateur de la santé.

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Une dernière semaine de campagne pleine de rebondissements

Le dimanche 1er novembre, à deux jours du scrutin, James Clyburn, ténor noir du parti âgé de 86 ans, avait enjoint à Haley Stevens – la candidate qu’il avait soutenue à la primaire et qui avait été battue à 13 792 voix – de se rendre aux côtés d’El Sayed à la North End Church of God in Christ de Detroit afin de montrer une famille politique unie. Dans un revirement théâtral[1], elle avait préféré accompagner le républicain Mike Rogers à la Perfecting Church et y avait annoncé son soutien à ce dernier. La manœuvre a eu l’effet inverse. Le jour même, El-Sayed a levé 2,4 millions de dollars. La défection a ressoudé l’appareil autour de lui. Chuck Schumer a dénoncé une « trahison méprisable ». Le directeur de cabinet de Stevens a démissionné le soir même avec une partie de son équipe.

Un rapport de force très inégalitaire

Lorsqu’il annonce sa campagne en avril 2025, El Sayed est loin d’être le favori, y compris au sein de sa propre famille politique. Pendant la primaire, le super PAC de l’AIPAC a dépensé 20,6 millions de dollars contre El-Sayed et 10,5 millions pour Stevens, son plus gros investissement jamais réalisé dans une seule course. Dans l’élection générale, l’AIPAC s’engageait en octobre à verser jusqu’à 9 millions à un super PAC pro-Rogers. Le soutien du syndicat de l’automobile United Auto Workers (UAW) en juin, puis celui d’Alexandria Ocasio-Cortez en juillet, font basculer la course. L’es


[1] Les raisons du revirement restent disputées : Stevens affirme qu’El-Sayed lui avait fait savoir qu’elle n’était « pas la bienvenue », tandis que ses détracteurs soulignent l’ambivalence de son soutien depuis la primaire, de ses conditions posées sur Israël au ralliement de son fiancé à Rogers.

[2] Après l’attaque au pick-up contre la synagogue Temple Israel de West Bloomfield, le 12 mars 2026, El-Sayed avait déclaré que « les gens blessés blessent les autres », des propos perçus comme une justification dont il s’est excusé le 29 août.

[3] C’est le surnom des habitants de la péninsule supérieure du Michigan, l’Upper Peninsula.

Nadia Marzouki

Politiste, Chargée de recherche au Centre de recherches internationales (CNRS-Sciences Po)

Notes

[1] Les raisons du revirement restent disputées : Stevens affirme qu’El-Sayed lui avait fait savoir qu’elle n’était « pas la bienvenue », tandis que ses détracteurs soulignent l’ambivalence de son soutien depuis la primaire, de ses conditions posées sur Israël au ralliement de son fiancé à Rogers.

[2] Après l’attaque au pick-up contre la synagogue Temple Israel de West Bloomfield, le 12 mars 2026, El-Sayed avait déclaré que « les gens blessés blessent les autres », des propos perçus comme une justification dont il s’est excusé le 29 août.

[3] C’est le surnom des habitants de la péninsule supérieure du Michigan, l’Upper Peninsula.