A Analyse

Politique

Les gilets jaunes, objet politique non identifié

Professeur et chercheure en sciences sociales

L’acte 18 marquera ce samedi les quatre mois du mouvement des « gilets jaunes ». L’occasion d’un retour analytique d’ampleur sur cet événement au sens fort du terme, à savoir une rupture temporelle dans le cours normal de l’histoire.

Une version antérieure de ce texte a été publiée dans le numéro de janvier-février 2019 (n° 115, p. 77-92) de la New Left Review sous le titre : « An Improbable Movement ? Macron and the Rise of the Gilets Jaunes ». Il s’agissait pour nous de donner à comprendre à un public international les enjeux d’une mobilisation souvent caricaturée dans les journaux étrangers, à l’instar du New York Times qui, le 15 janvier 2019, comparait la situation en France à « celle des années 1930, quand les ligues fascistes marchaient sur l’Assemblée nationale, menaçant la démocratie française ». Pour les lecteurs français, familiers de la réalité de notre pays, le seul intérêt, s’il existe, du présent article, qui est une version substantiellement révisée et actualisée, est qu’il tente de proposer une vision d’ensemble, quoique nécessairement inachevée, de ce qui s’est joué entre novembre 2018 et mars 2019. Nous espérons qu’une telle analyse apparaîtra de quelque pertinence à la veille de la convergence des marches des gilets jaunes, contre les violences policières et pour le climat. 

Le 22 novembre 2018, cinq jours après le début de ce qu’il est convenu d’appeler le mouvement des gilets jaunes, alors que 2000 rou...

Didier Fassin et Anne-Claire Defossez

Professeur et chercheure en sciences sociales, Institute for Advanced Studies, Princeton