A Analyse

Émigration

« Nous ne sommes que de passage » : quand les émigrés africains aspirent au retour

Politiste et sociologue

Contrairement à une idée reçue encore très répandue, le nombre d’émigrés africains quittant la France pour retourner en Afrique ne cesse de croitre. Et cette brusque accélération ne s’explique pas simplement par le durcissement des politiques inhospitalières à l’encontre des immigrés et des étrangers. Elle s’inscrit dans des logiques sociales plus durables et complexes.

La figure populaire des chibanis est devenue symbolique. Ces travailleurs immigrés, isolés et vieillissants, qui passent leur retraite en France, et dont seuls les cercueils connaîtront le dernier retour vers le village natal, sont le symbole d’une immigration qui perdure, même chez les oubliés de l’intégration, entretenant ainsi le « mythe » d’un retour sans cesse différé. La sociologie de l’immigration, longtemps focalisée sur les politiques d’intégration et leurs conséquences sociales, s’est jusqu’à très récemment désintéressée de ces migrations de retour, pourtant nombreuses.

Si les immigrés pionniers ont longtemps envisagé l’immigration comme temporaire, tout comme les pouvoirs publics qui ont rapidement initié des programmes d’aides au retour[1], beaucoup de familles immigrées se sont installées en France à partir des années 1980. L’immigration s’inscrit progressivement dans un « provisoire qui dure », voire dans du « définitif vécu avec l’intense sentiment du provisoire » (Abdelmalek Sayad). À partir des an...

Hugo Bréant

Politiste et sociologue