A Analyse

International

Porto Rico, le pays invisible

Philosophe

Il est des lieux qui demeurent absents du regard mondialisé, que l’écrivain portoricain Eduardo Lalo – non traduit en Français – nomme « pays invisibles ». Porto Rico, justement, est de ceux-là. Cantonné aux images sulfureuses des clips musicaux que vient parfois ponctuellement troubler l’énumération des dégâts causés par quelque séisme, l’île demeure finalement méconnue, illustrant ainsi le partage du monde entre lieux visibles et invisibles.

À l’heure où la technologie permet d’obtenir des images de n’importe quel point du globe, certains pays n’en demeurent pas moins absents du regard de l’histoire et du discours mondialisé. Ce sont ces zones que l’écrivain portoricain Eduardo Lalo nomme les pays invisibles, expression qui donne son titre à l’un de ses essais autobiographiques (Los países invisibles). Construction géopolitique, historique et sociale, le partage du monde en lieux visibles et lieux invisibles façonne massivement les représentations, les discours et les pratiques de ceux qui les habitent. Il conduit notamment ceux qui peuplent les premiers à ignorer les seconds que, du fait de ce partage, ils ne sont pas en mesure de voir.

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Le tracé de cette frontière est le fruit d’une histoire toujours écrite de la main des « vainqueurs » à l’encre de la violence, celle des armes ou celle des rapports économiques et s...

Étienne Helmer

Philosophe, Professeur à l'Université de Porto Rico (États-Unis)