A Analyse

Histoire

À quelle époque vivons-nous ?

Historien

Nommer son temps suppose en une assez vive intelligence de l’instant de prendre la mesure des événements que l’on vit, en évaluer la portée, comprendre dans quelle séquence ils s’inscrivent. Or notre temps est étouffé par les préfixes neo- et post-, propulsé dans le temps de l’après, une brèche sans nom et sans visage. Nous savons d’où nous partons mais sommes incapables d’indiquer la direction dans laquelle nous nous projetons. Dès lors, comment donner sens à un temps que l’on a pas encore nommé ?

La parution récente de l’ouvrage collectif Les Noms d’époque. De « Restauration » à « Années de plomb » dans lequel 14 historiens et historiennes s’attachent à élucider 14 noms du temps contemporain, invite à s’interroger en contrepoint sur nos difficultés, voire notre incapacité, à donner un nom à notre propre temps. La chose n’est en soi pas très étonnante. « Ce n’est qu’en quittant une chose que nous la nommons », déclarait Gide dans une conversation avec Walter Benjamin[1]. L’ouvrage montre pourtant que certains chrononymes surgissent in medias res, dans l’effervescence des moments qu’ils entendent désigner. Ce fut le cas de « Restauration », enjeu de luttes et de pouvoir dans les années qui suivirent l’abdication de Napoléon, du Risorgimento italien, de l’âge victorien, de la fin de siècle ou encore des Années de plomb qui marquent la décennie 1970 en Italie.

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Dominique Kalifa

Historien