L’universel après l’universalisme – Pourquoi, malgré tout, défendre l’universalisme ? 2/2
Le titre « L’universel après l’universalisme » est emprunté à Markus Messling[1]. La question qu’il pose, soit « que reste-t-il de l’idéal universaliste après son dévoiement dans l’aventure coloniale ? » n’est guère différente de celle d’Immanuel Wallerstein dans L’universalisme européen. De la colonisation au droit d’ingérence. L’un et l’autre font le constat de la fin de la forme surplombante de l’universalisme et cherchent à la considérer comme un commencement, un commencement qui nous conduirait à le penser depuis le pluriel du monde, comme le dirait Souleymane Bachir Diagne. .

Cela, à mon sens, suppose refuser l’enfermement dans le relativisme. Cela implique également de montrer la force décolonisatrice, la puissance émancipatrice de l’universalisme. Et, enfin, proposition certainement moins consensuelle, de faire de l’universel une catégorie épistémique, autrement dit, et là, contrairement à Wallerstein ou Etienne Balibar (et beaucoup d’autres), refuser l’idée que les valeurs universelles sont créées par nous pour suggérer qu’au contraire nous les découvrons (dans le rapport entre la science et l’histoire)[2]
L’impasse relativiste
On pourrait estimer que les auteurs décoloniaux s’efforcent de proposer des modernités alternatives. Mais on peut également décrire leur projet comme des alternatives à la modernité. Aussi, bien que nous soyons invités à prendre en considération le potentiel émancipateur de traditions de pensée considérées comme périphériques et, par conséquent, à accepter un point de vue critique sur la manière dont nous décrivons et analysons le monde, ces auteurs parviennent-ils à éviter le piège du relativisme ? L’universel, dès l’instant où il est décrit comme local, incarné ou, plus fréquemment encore, situé, est pensé dans le lien qu’il instaure avec la communauté. Il est ainsi assigné à ses conditions historiques d’apparition. Comment comprendre l’universalisme de la raison et des droits ou celui de la science sans la présomption de
