Écologie

Des outils pour s’orienter dans la pensée écologique

Philosophe

« Si tu pars de l’impératif écologique, tu peux aussi bien arriver à un anticapitalisme radical qu’à un pétainisme vert, à un écofascisme ou à un communautarisme naturaliste » énonçait André Gorz. Il faut, pour comprendre la question écologique, mener une réflexion épistémologique sur le foisonnement des pensées de l’écologie. Dans cette diversité, l’écophénoménologie intervient comme la possibilité d’apporter une cohérence théorique au domaine.

Qui s’intéresse aux questions brûlantes liées à l’habitabilité de la Terre, aux actions et réactions écologiques urgentes et nécessaires et à la meilleure manière de les entreprendre et susciter, constate la richesse et la grande diversité des pensées de l’écologie. Fortes de nombreux courants, de nombreuses autrices et auteurs, de multiples axes et crédos passionnants et suggestifs, celles-ci foisonnent en effet[1]. Pour aider à s’y retrouver, des ouvrages et travaux de vulgarisation existent.

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Nous évoquons ici deux cartographies intéressantes en tant que points de départ. Ce faisant nous pointons la nécessité philosophique d’envelopper ce foisonnement dans un axe problématique et une perspective unifiés. Dans la lignée des travaux de Gérald Hess, l’écologie en première personne, et plus particulièrement l’écophénoménologie, semblent pouvoir fournir un fondement puissant à cette diversité.

La cartographie de Thomas Wagner

Une vue d’ensemble des pensées écologiques est proposée par Thomas Wagner avec sa « carte des pensées écologiques » réalisée en collaboration avec le média Fracas. Avec tous les défauts liés à la cartographie et aux choix inhérents à toute carte[2], ce document fournit utilement une première grille de lecture au non-spécialiste pour naviguer dans la constellation de la pensée écologique. Sont définies huit « grandes familles des pensées écologiques » : les écologies anti-industrielles, les écologies libertaires, les écoféminismes, les éthiques environnementales, l’écosocialisme, les écologies décoloniales, le capitalisme vert, et enfin les écofascismes. Pour chaque famille, Wagner cite quelques auteurs selon lui représentatifs, sans prétendre à l’exhaustivité ni se prémunir de certaines étrangetés[3]

Cette carte-boussole[4] en main, il conviendrait de chercher ensuite à articuler ces différentes familles dans un axe problématique qui les mette en perspective les unes par rapport aux autres, les hiérarchise, et permette d’en rejeter cert


[1] Dominique Bourg et Alain Papaux, Dictionnaire de la pensée écologique, PUF, 2015 ; Baptiste Lanaspeze et Marin Schaffner, Les Pensées de l’écologie : un manuel de poche, Wildproject, Marseille, 2021.

[2] Comme le rappelle Thomas Wagner lui-même : « toute cartographie […] fige des positions par nature dynamiques, des espaces mouvants, et impose une vision qui lui est propre. »

[3] Pour les écologies anti-industrielles, Wagner cite Ivan Illich, Jacques Ellul et Günther Anders ; pour les écologies libertaires : Murray Bookchin, Kristin Ross, Bernard Charbonneau ; pour les écoféminismes : Françoise d’Eaubonne, Vandana Shiva, Starhawk ; pour les éthiques environnementales : Aldo Leopold et, plus étonnant, également Kinji Imanishi – alors que John Baird Callicott, Richard Sylvan ou Paul Taylor ne sont pas évoqués ; pour l’écosocialisme : André Gorz, Michael Löwy, John Bellamy Foster ; pour les écologies décoloniales : Joan Martínez Alier, Malcolm Ferdinand ; pour le capitalisme vert : Christiana Figueres et David Keith ; enfin pour les écofascismes : Alain de Benoist et Garret Hardin.

[4] Baptiste Morizot, « Penser le concept comme carte. Une pratique deleuzienne de la philosophie », dans Paride Broggi, Mauro Carbone, Laura Turarbek (dir.), La géophilosophie de Gilles Deleuze, Mimesis-France, 2012.

[5] Thomas Wagner, « La carte des pensées écologiques ».

[6] Guillaume Lejeune, Les philosophies de l’écologie, p. 151.

[7] Bruno Latour, Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015.

[8] Luc Ferry, Les sept écologies, Éditions de l’Observatoire, 2021 ; Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique: l’arbre, l’animal et l’homme, Librairie Générale Française, 1994 ; Claude Allègre, Dominique de Montvalon, L’imposture climatique ou la fausse écologie, Plon, 2010 ; Naomi Oreskes, Erik M. Conway, Les Marchands de doute, ou comment une poignée de scientifiques ont masqué la vérité sur des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement

Mathieu Trichet

Philosophe, Doctorant en philosophie à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, conteur et animateur d'ateliers d'écriture.

Notes

[1] Dominique Bourg et Alain Papaux, Dictionnaire de la pensée écologique, PUF, 2015 ; Baptiste Lanaspeze et Marin Schaffner, Les Pensées de l’écologie : un manuel de poche, Wildproject, Marseille, 2021.

[2] Comme le rappelle Thomas Wagner lui-même : « toute cartographie […] fige des positions par nature dynamiques, des espaces mouvants, et impose une vision qui lui est propre. »

[3] Pour les écologies anti-industrielles, Wagner cite Ivan Illich, Jacques Ellul et Günther Anders ; pour les écologies libertaires : Murray Bookchin, Kristin Ross, Bernard Charbonneau ; pour les écoféminismes : Françoise d’Eaubonne, Vandana Shiva, Starhawk ; pour les éthiques environnementales : Aldo Leopold et, plus étonnant, également Kinji Imanishi – alors que John Baird Callicott, Richard Sylvan ou Paul Taylor ne sont pas évoqués ; pour l’écosocialisme : André Gorz, Michael Löwy, John Bellamy Foster ; pour les écologies décoloniales : Joan Martínez Alier, Malcolm Ferdinand ; pour le capitalisme vert : Christiana Figueres et David Keith ; enfin pour les écofascismes : Alain de Benoist et Garret Hardin.

[4] Baptiste Morizot, « Penser le concept comme carte. Une pratique deleuzienne de la philosophie », dans Paride Broggi, Mauro Carbone, Laura Turarbek (dir.), La géophilosophie de Gilles Deleuze, Mimesis-France, 2012.

[5] Thomas Wagner, « La carte des pensées écologiques ».

[6] Guillaume Lejeune, Les philosophies de l’écologie, p. 151.

[7] Bruno Latour, Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015.

[8] Luc Ferry, Les sept écologies, Éditions de l’Observatoire, 2021 ; Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique: l’arbre, l’animal et l’homme, Librairie Générale Française, 1994 ; Claude Allègre, Dominique de Montvalon, L’imposture climatique ou la fausse écologie, Plon, 2010 ; Naomi Oreskes, Erik M. Conway, Les Marchands de doute, ou comment une poignée de scientifiques ont masqué la vérité sur des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement