Vers une nouvelle cartographie mondiale du vin
À Bordeaux, les mots associés au vin ont un goût ancien. Il y est question de terroir, de tradition, de typicité, d’appellation, parfois de grands crus classés. À près de 9 000 kilomètres de là, dans la région du Cap-Occidental en Afrique du Sud, les termes changent.

La production vitivinicole est plus couramment évoquée en termes de marchés émergents ou de vin standardisé produit en masse pour l’export. Le vin sud-africain, souvent rangé dans la catégorie du Nouveau Monde, est censé incarner, par contraste, l’innovation, la nouveauté. Et pourtant, ces terminologies ne sont plus vraiment de mise. Sur le terrain, les frontières entre ces mondes s’estompent. À Bordeaux comme au Cap, les producteurs font face à des défis commun : dérèglement climatique, volatilité des prix, saturation des marchés etc. La dichotomie « Vieille Europe / Nouveau Monde », si présente dans les discours viticoles, commence à sonner creux, ou plutôt : elle dit plus de la manière dont on pense le vin que du vin lui-même.
Cette catégorisation a pourtant longtemps structuré les recherches scientifiques et les stratégies commerciales. Le Vieux Monde renvoie à l’Europe historique du vin ; le Nouveau Monde, à ses contrepoints situés hors du vieux continent. Cette division épouse la ligne Nord/Sud, une binarité rassurante, confortable. Mais à l’heure de l’internationalisation des échanges, de la globalisation des goûts, et de la circulation multidirectionnelle des savoirs pour adapter les pratiques aux nouveaux enjeux climatiques, cette grille est-elle encore opérante ?
Cette réflexion s’est imposée au fil de ma recherche doctorale en science politique, conduite entre 2020 et 2024, au cours de laquelle j’ai mené l’enquête dans deux régions viticoles emblématiques : le vignoble bordelais, figure tutélaire du Vieux Monde, et la province du Cap, régulièrement rangée dans le camp du Nouveau Monde, deux régions supposément opposés. À travers cette enquête, je cherchais initialement à mieux compr
