Politique

Les discussions budgétaires enfermées dans un triangle d’impossibilité

Economiste

L’entêtement à chercher des moyens de tenir ensemble l’abaissement du coût du travail pour les employeurs, l’augmentation des salaires perçus par les salariés et des finances publiques saines, conduit à se débattre au sein d’un triangle d’impossibilité duquel il est possible de sortir en abandonnant la stratégie inefficace de baisse du coût du travail.

La crise politique que la France vit actuellement se matérialise dans les discussions sur les finances publiques qui semblent dans l’impasse. La tension budgétaire est certes liée à des choix de politiques publiques récents, notamment l’accélération de la politique de l’offre (diminuer les prélèvements obligatoires sur les entreprises et les détenteurs du patrimoine financier en espérant un retour via la croissance) qui a échoué et coûté très cher, mais s’ancre en fait bien plus loin dans le temps.

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Dans mon dernier livre, j’explore le développement depuis plus de 40 ans d’une stratégie de l’emploi basée sur la baisse du coût du travail pour les employeurs, son échec sur le plan de l’emploi, ses conséquences néfastes sur les inégalités, et la manière dont elle a piégé la politique française dans un triangle d’impossibilité.

Le triangle d’impossibilité de la stratégie du coût du travail

L’objectif politique initial était de baisser le coût du travail pour les employeurs (premier angle du triangle), sans que cela ne pèse trop sur les niveaux de vie des travailleurs (deuxième angle du triangle). Cela s’est concrétisé par des mécanismes permettant à l’État de prendre à sa charge une part des salaires du privé en lieu et place des employeurs. Depuis que les contraintes budgétaires et l’endettement public ont fortement contraint les finances publiques, ce triangle s’est refermé autour d’un troisième angle : diminuer les dépenses publiques.

Dans un contexte macroéconomique des trente glorieuses marqué par une forte croissance économique soutenue par des salaires dynamiques (alimentant la consommation) et une importante protection sociale (permettant de développer et maintenir la productivité de la main d’œuvre), le coût du travail pour les employeurs repose sur le salaire net d’une part, et le salaire socialisé dans les cotisations sociales de l’autre. Ceci implique trois grandes possibilités pour faire baisser le coût du travail, que les politiques françaises ont


Clément Carbonnier

Economiste , Maître de conférence à l'Université de Cergy-Pontoise, co-directeur de l'axe « Politiques socio-fiscales » du LIEPP (Sciences Po)