Sous les toits : habiter à l’ère du réchauffement climatique
«C’est la fournaise. » Monnaie courante, ce constat revient dans la bouche de chaque habitant de passoire thermique interrogé quant à son ressenti lorsque les températures commencent à monter dès les derniers jours du printemps.

M., étudiante en médecine, peine à réviser ses cours dans sa petite chambre de bonne. Elle n’en peut plus du vieux ventilateur qui ne fait que brasser de l’air chaud. C. souffre d’insomnies chroniques. Elle est pourtant seule à accompagner sa petite fille à l’école chaque matin. Sa cousine qui vit en province lui avait prêté une chambre de bonne dont elle ne savait de toute façon plus trop quoi faire, « de quoi la dépanner » alors qu’elle est en pleine instance de divorce. Y., livreur à temps plein, vit depuis trop longtemps dans la studette étouffante qu’il sous-loue sans contrat, le temps de régulariser sa situation. C’est bien plus calme que le centre d’hébergement dans lequel il avait atterri à son arrivée en France, mais la chaleur y est insupportable presque sept mois sur douze. Quant à A., qui habite la même chambre sous les toits depuis presque quarante ans, il tient bon même si sa santé est de plus en plus fragile chaque été : il sait qu’il ne peut pas se permettre de quitter les lieux, à moins qu’on l’y force, ou qu’il « s’en aille les pieds devant ».
Quatre immeubles parisiens sur cinq ont un toit en pente, pour la plupart en zinc, un matériau qui accroît la vulnérabilité thermique de la ville. En été, le zinc peut atteindre près de 80 degrés Celsius, rendant insupportables les logements situés juste en dessous lors des fortes chaleurs. Au total, ces toitures couvrent presque 40 % de la surface bâtie parisienne. Habiter sous les toits devient alors synonyme d’une plus grande vulnérabilité aux maladies chroniques, notamment les maladies cardio-vasculaires et celles liées au diabète[1]. Or, plusieurs études affirment que Paris est en première ligne de la surmortalité causée par les vagues de chaleur estivales de plus en pl
