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Le Venezuela, l’impérialisme et la politique de la canonnière

Historien

En 1895 et 1902, le Venezuela a été au cœur de bouleversements géopolitiques majeurs : l’avènement de l’impérialisme étasunien ; la dénonciation de la « politique de la canonnière », que pratiqua la flotte de pays lésés par le Venezuela. On a dit qu’avec les guerres d’agression de Vladimir Poutine le XIXe siècle était de retour en Europe. Le voilà en Amérique. Souvenons-nous de la façon dont il a fini en 1914.

Comme l’écrivait un éditorialiste de USA Today au lendemain de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro par les soldats de l’expédition états-unienne, « je doute fort que beaucoup d’Américains, voire un seul, aient voté pour Trump parce qu’ils souhaitaient un changement de régime dans un pays qu’ils auraient bien du mal à situer sur une carte ».

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Sans présumer des connaissances géographiques des citoyens des États-Unis d’Amérique, ceux-ci devraient pourtant se souvenir d’une histoire longue des relations du Venezuela avec leur pays – une histoire qu’on pourrait penser à l’aune de la notion d’éloignement.

L’éloignement n’est pas une petite affaire dans l’histoire des États-Unis d’Amérique. C’est au nom du refus de la dépendance vis-à-vis d’une monarchie lointaine que les treize colonies ont proclamé leur indépendance en 1776. C’est au nom du refus de la dépendance vis-à-vis d’une Europe lointaine que le Président James Monroe a formulé en 1823 la doctrine selon laquelle les affaires des « Amériques » ne devaient concerner que les Américains. Par la suite, c’est pour lutter contre l’éloignement des territoires de l’Ouest que le gouvernement de Washington a entrepris la colonisation de ce qui forme aujourd’hui les États-Unis, le Far West (« Ouest lointain ») étant appelé à disparaître, en même temps que la plupart des gens qui y habitaient auparavant. À la fin du XIXe siècle, après que les grands chemins de fer transcontinentaux semblaient avoir unifié leur territoire, les États-Unis pouvaient apparaître comme le pays de l’Ici, par opposition à des États européens qui, avec de plus en plus d’âpreté, organisaient au loin (on disait « outre-mer ») la soumission de leurs colonies.

Puis, brusquement, les choses ont changé et, dans ce changement, le Venezuela a joué un rôle central.

C’était – déjà – la conséquence de grandes mutations économiques. Les États-Unis étaient devenus une puissance industrielle. Leur production avait dépassé celle de la Grande


Sylvain Venayre

Historien, Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Grenoble-Alpes