Dix ans après les attentats de Paris, les artistes face à l’irréparable
En 2015, la France et d’autres pays en Europe ont été frappés par des actes de terrorisme, parfois avec une intensité de violence exceptionnelle. Exactement dix ans plus tard, il y a quelques semaines, les cérémonies et hommages publics se sont multipliés. En parallèle, et depuis les événements, le vocabulaire de la réparation ne cesse d’être mobilisé pour parler des victimes, du tissu social fragilisé et d’une démocratie abîmée[1].

À la suite des attentats du 13 novembre 2015, le long procès qui s’est achevé il y a quelques années a acté un important geste réparateur. À travers celui-ci, les citoyens et la société elle-même ont affirmé le besoin de se réapproprier les blessures communes. Les commémorations organisées cette année semblent, quant à elles, montrer que le droit, comme la politique, ne peuvent réparer que les conséquences : confirmer, juger, condamner, indemniser. Les destructions perpétrées alors restent irréparables. C’est à partir de ce constat, et de la tension qui en résulte (concernant le besoin de réparation ressenti après les attentats, mais aussi lié aux crises écologiques, aux structures de domination issues du passé colonial, aux discriminations, aux violences sexistes et sexuelles, etc.) que nous avons rassemblé, dans un ouvrage collectif récemment publié par ArTeC en coédition avec Les presses du réel : Un art de la réparation : Réparer (par) les arts vivants, les réflexions de chercheur·euses ainsi que les témoignages d’artistes sur le pouvoir réparateur des arts vivants.
Car il semblerait que nous attendions de ces derniers, consciemment ou non, qu’ils agissent là où les institutions atteignent leurs limites. De nombreuses pratiques artistiques s’attachent à rendre sensible l’irréparable, à exposer les cicatrices, à les rouvrir parfois, les toucher, les apprivoiser. Il n’a en effet pas fallu attendre dix ans pour voir des artistes tenter d’apporter leurs propres réponses aux atrocités de 2015 : de la minute de danse filmée quoti
