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La Cour suprême et la doctrine de l’« exécutif unitaire »

Juriste et américaniste

Alors que Donald Trump s’apprête à fêter ce 20 janvier le premier anniversaire de son retour à la Maison Blanche, la Cour suprême multiplie les décisions d’urgence non motivées, avalisant ce que les Républicains préparent depuis des années : la doctrine de « l’exécutif unitaire ». Une dérive qui fragilise les contre-pouvoirs et redessine dangereusement l’équilibre constitutionnel américain.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la Cour suprême a passé son temps à « jouer au Samu », comme l’a déploré l’une des juges progressistes dans une opinion dissidente, en rendant nombre de décisions per curiam non motivées, pour répondre aux multiples demandes d’interventions en urgence de la part de l’administration Trump.

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La plupart de ces décisions per curiam valident les actes et décrets du président et en particulier la théorie de l’exécutif unitaire. Cette « doctrine » quelque peu spécieuse, concoctée par les Républicains, vise à concentrer tous les pouvoirs de l’article II de la Constitution entre les mains du président (chargé de l’exécution des lois). C’est un assaut contre les freins et contrepoids (checks and balances) et la primauté du droit (rule of law).

Quant à la Cour suprême, à la tête du pouvoir judiciaire pourtant conçu comme égal aux deux autres en vertu de l’article III de la Constitution, elle semble aujourd’hui se résoudre à affaiblir son pouvoir et la primauté du droit qu’elle est censée garantir. Par ses opinions non motivées, la Cour a permis à l’administration, en violation de la loi, de limoger les membres et les responsables d’agences indépendantes et des millions de fonctionnaires titulaires ou stagiaires. Le tout, sous l’accusation jamais avérée de « gaspillage et fraude ». Le 8 juillet dernier, en violation de la séparation des pouvoirs et de la loi, la Cour autorisait les licenciements massifs et la réorganisation de dix-neuf agences fédérales et ministères dont l’agence pour le développement international (USAID), le fisc (IRS – ennemi juré des Républicains surtout depuis que Biden l’a doté des ressources financières pour poursuivre les fraudeurs), les parcs nationaux et le ministère des Anciens combattants.

La Cour, avec une hypocrisie évidente, précise qu’elle ne « se prononce pas sur la légalité des plans de licenciements » et se contente d’autoriser l’administration à agir (donc à démanteler) pendant


[1] Les pouvoirs inhérents font partie des 4 catégories de pouvoir reconnus au gouvernement fédéral, énumérés, implicites, résultants, and inhérents.

[2] United States v. Curtiss-Wright Export Corp, 299 US 394 (1936) et Youngstown Sheet & Tube Co. v. Sawyer, 343 U.S. 579 (1952). Voir aussi les décisions « Guantanamo », Anne Deysine, La Cour suprême, Dalloz, 2015.

[3] Les Juges contre l’Amérique, Anne Deysine, Presses universitaires de Nanterre, 2024. p. 38-41 et p. 101-135.

[4] Le Bureau de protection des consommateurs en matière financière est une agence puissante créé par le Congrès sous Obama après la crise de 2008 pour protéger les consommateurs des comportements prédateurs des banques et institutions financières.

[5] Loper Bright Enterprises v. Raimondo, 603 US 369 (2024).

[6] Trump v. United States, 603 U.S. 593 (2024).

[7] Mais les juges ont conclu à l’illégalité des poursuites.

[8] Depuis plusieurs années, le rôle judiciaire « normal » (merits docket) comprend moins de 70 affaires chaque année, 55 en 2024-2025.

[9] William Baude, « Foreword : The Supreme Court’s Shadow Docket », New York University Journal of Law and Liberty, 9 (1), 2015. En 2025, parce qu’il est moins critique du procédé que certains de ses collègues, il a opté pour l’appellation plus neutre et sans doute trompeuse d’« interim docket ».

[10] Steve Vladeck,The Shadow Docket: How the Supreme Court Uses Stealth Rulings to Amass Power and Undermine the Republic, Hachette Books, 2023.

[11] Noem v. Vasquez Perdomo, 25 A 169, American Immigration Council, 9 septembre 2025.

[12] Trump v. Boyle, 25A11, 23 juillet 2025.

[13] U.S. Doge Service, et al., « Applicants v. Citizens for Responsibility and Ethics in Washington », N° 24A1122.

Anne Deysine

Juriste et américaniste, Professeure émérite à l'Université Paris-Nanterre

Notes

[1] Les pouvoirs inhérents font partie des 4 catégories de pouvoir reconnus au gouvernement fédéral, énumérés, implicites, résultants, and inhérents.

[2] United States v. Curtiss-Wright Export Corp, 299 US 394 (1936) et Youngstown Sheet & Tube Co. v. Sawyer, 343 U.S. 579 (1952). Voir aussi les décisions « Guantanamo », Anne Deysine, La Cour suprême, Dalloz, 2015.

[3] Les Juges contre l’Amérique, Anne Deysine, Presses universitaires de Nanterre, 2024. p. 38-41 et p. 101-135.

[4] Le Bureau de protection des consommateurs en matière financière est une agence puissante créé par le Congrès sous Obama après la crise de 2008 pour protéger les consommateurs des comportements prédateurs des banques et institutions financières.

[5] Loper Bright Enterprises v. Raimondo, 603 US 369 (2024).

[6] Trump v. United States, 603 U.S. 593 (2024).

[7] Mais les juges ont conclu à l’illégalité des poursuites.

[8] Depuis plusieurs années, le rôle judiciaire « normal » (merits docket) comprend moins de 70 affaires chaque année, 55 en 2024-2025.

[9] William Baude, « Foreword : The Supreme Court’s Shadow Docket », New York University Journal of Law and Liberty, 9 (1), 2015. En 2025, parce qu’il est moins critique du procédé que certains de ses collègues, il a opté pour l’appellation plus neutre et sans doute trompeuse d’« interim docket ».

[10] Steve Vladeck,The Shadow Docket: How the Supreme Court Uses Stealth Rulings to Amass Power and Undermine the Republic, Hachette Books, 2023.

[11] Noem v. Vasquez Perdomo, 25 A 169, American Immigration Council, 9 septembre 2025.

[12] Trump v. Boyle, 25A11, 23 juillet 2025.

[13] U.S. Doge Service, et al., « Applicants v. Citizens for Responsibility and Ethics in Washington », N° 24A1122.