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Annexer Cuba : la longue histoire d’une convoitise états-unienne

Historienne

« Si je vivais à la Havane et que j’étais membre du gouvernement cubain, j’aurais de quoi m’inquiéter », s’est amusé Marco Rubio au lendemain de l’enlèvement de Nicolás Maduro. Cela fait deux cents ans que la menace est récurrente et que ce désir annexionniste est partagé par une partie de la population caribéenne.

Tombera, tombera pas ? Tombera « toute seule » ou avec un coup de canon des États-Unis ? Depuis quelques jours, Cuba est revenue sur le devant de la scène. La « grande fille malade » de la Caraïbe serait la prochaine sur la liste de Donald Trump, autrement plus facile à avoir que le Groenland – quoiqu’inversement alléchante en termes de ressources –, permettant potentiellement aux États-Unis de prendre enfin leur « village d’Astérix » et d’établir leur vieille idée de la Caraïbe comme « mer états-unienne ».

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Or en 1850 comme en 2026, certains parmi la population cubaine – majoritairement des élites en exil, mais pas seulement – font le choix de soutenir l’option d’une annexion états-unienne pour ainsi se libérer d’une autre tutelle autoritaire. Passer à côté de cette réalité qui traverse les époques revient à ne comprendre qu’une partie du problème qui agite le monde depuis le 2 janvier.

Au sein de la diaspora cubaine en exil, une des plus anciennes de la scène internationale, après plus de 65 ans, à se dire « L’année prochaine à La Havane ! », on a fini par comprendre que le régime castriste et ses vies ultérieures renaissaient de leurs cendres. La « crise vénézuélienne » initiée par l’arrestation de Nicolás Maduro sonnerait la fin de partie d’une Cuba prétendument dépendante de cet allié sud-américain. Trump n’aurait désormais qu’à se baisser pour ramasser un fruit quasiment pourri tant il serait mûr.

On peut opposer bien des arguments solides à ce discours : le castrisme a survécu à la Perestroïka, à l’effondrement économique du Venezuela. Il peut compter sur d’autres partenaires solidaires, comme le Mexique, la Chine ou encore l’Angola, pour lui livrer du pétrole et d’autres denrées ordinaires qu’il est incapable de produire ou même acheter ses services. Il y a aussi l’argent de la diaspora qui perfuse une grande partie de l’économie insulaire. Il reste que le récit de l’île sombrant dans le giron nord-américain ressurgit à chaque crise internationale.


[1] L’amendement Platt est une disposition légale états-unienne votée le 2 mars 1901 par le Congrès des États-Unis fixant les conditions du retrait des troupes nord-américaines présente à Cuba depuis la guerre hispano-états-unienne de 1898. Ce conflit prenait la suite d’une guerre impériale entre l’armée espagnole et l’insurrection indépendantiste cubaine. L’intervention états-unienne donna la victoire aux indépendantistes et octroya, avec cet amendement à la constitution cubaine de 1901, le droit d’ingérence des États-Unis sur la république de Cuba.

[2] John Quincy Adams à Hugh Nelson, 28 avril 1823, Writings of John Quincy Adams, vol. 7, cité par Ada Ferrer, Cuba, An American History, Scribner, 2021, p. 84.

Romy Sánchez

Historienne , Chargée de recherche au CNRS

Notes

[1] L’amendement Platt est une disposition légale états-unienne votée le 2 mars 1901 par le Congrès des États-Unis fixant les conditions du retrait des troupes nord-américaines présente à Cuba depuis la guerre hispano-états-unienne de 1898. Ce conflit prenait la suite d’une guerre impériale entre l’armée espagnole et l’insurrection indépendantiste cubaine. L’intervention états-unienne donna la victoire aux indépendantistes et octroya, avec cet amendement à la constitution cubaine de 1901, le droit d’ingérence des États-Unis sur la république de Cuba.

[2] John Quincy Adams à Hugh Nelson, 28 avril 1823, Writings of John Quincy Adams, vol. 7, cité par Ada Ferrer, Cuba, An American History, Scribner, 2021, p. 84.