Société

L’infertilité et les spectres de l’hétérosexualité

Socio-démographe

Présentée comme une réponse à la « crise démographique », la lutte contre l’infertilité déployée par le gouvernement transforme un problème de santé en outil de politique nataliste. Cette approche occulte les véritables déterminants du phénomène et reconduit une vision normative de la parentalité, centrée sur le couple hétérosexuel.

Dans ce contexte qualifié de « crise démographique » où la baisse du nombre des naissances s’accompagne de préoccupations grandissantes concernant l’avenir des équilibres démographiques, la ministre de la santé, Stéphanie Rist, a été auditionnée le 15 décembre 2025 par la mission d’information parlementaire sur la baisse de la natalité. Après avoir abordé les enjeux liés aux conditions concrètes d’exercice de la parentalité, depuis le suivi de grossesse jusqu’à l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle, elle a annoncé la mobilisation de son ministère autour de la question de l’infertilité, désormais érigée en priorité nationale.

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S’appuyant sur le chiffre de 3,3 millions de Français concernés, la ministre a évoqué la pluralité des facteurs explicatifs du phénomène – médicaux, environnementaux et sociétaux – avant de présenter un plan national de lutte contre l’infertilité articulé autour de quatre axes : la prévention, la recherche, la prise en charge et la sensibilisation. Parmi les mesures annoncées figure notamment un dispositif d’information « précoce », prévoyant l’envoi par l’Assurance maladie, dès l’âge de 29 ans, d’un message portant sur la santé reproductive. La ministre a conclu son intervention en précisant que « ce n’est certes pas à l’État de demander aux familles de faire des enfants, mais c’est son rôle de créer les conditions pour qu’elles le puissent ». Ces déclarations interviennent deux ans après la conférence de presse du 16 janvier 2024 au cours de laquelle le Président de la République avait annoncé qu’« un grand plan de lutte contre ce fléau sera engagé » au nom du « réarmement démographique ».

Le vocabulaire martial et la causalité suggérée entre ces deux phénomènes avaient été accueillis très froidement par les médecins et les chercheurs spécialistes de la santé reproductive, qui n’ont cessé, depuis, de rappeler que cette équation simplificatrice qui fait de l’infertilité la cause directe de la baisse des naissances,


Armelle Andro

Socio-démographe, Professeure à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne