Écologie

Prendre la mesure sociologique de l’enjeu écologique

Sociologue

L’Accord de Paris et les alertes scientifiques rendent compte de l’ampleur inédite de la crise écologique. Mais changer le monde ne se réduit pas à de nouvelles pratiques ou à des mesures techniques : il s’agit de refonder la manière dont les individus se socialisent et cohabitent. Seules des transformations sociales préalables, intégrées aux structures et aux habitudes collectives, permettent d’envisager une société respectueuse des limites planétaires.

Le 24 septembre 2025, seize ans après l’établissement des neuf limites planétaires, le Potsdam Institute for Climate Impact Research publie un rapport montrant qu’une septième est désormais franchie. « Pour la première fois, nous avons franchi la limite planétaire de l’acidification des océans.

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Cela dresse un tableau sombre, non seulement pour les écosystèmes marins, mais aussi pour l’ensemble du système terrestre qui dépend d’un océan en bonne santé », alerte alors l’océanographe Sylvia Earle en introduction du rapport. En expliquant que les seuils de dégradation environnementale au-delà desquels la Terre n’est plus vivable sont dépassés les uns après les autres, les sciences du climat et de la biodiversité donnent la mesure de la gravité inédite de la situation.

Il y a dix ans, en juillet 2015, près de 3000 scientifiques contribuant aux travaux du GIEC se réunissaient au siège parisien de l’Unesco dans le cadre d’un grand symposium intitulé « Our Common Future Under Climate Change ». La réunion, assez rare, de toutes ces chercheuses et de tous ces chercheurs réputé.es est alors initiée pour lancer la dynamique de la COP21 qui aboutira quelques mois plus tard à l’Accord de Paris.

La déclaration finale de ce symposium amorce ainsi le nouveau cadrage de la gouvernance internationale des enjeux environnementaux : l’invention d’un futur écologique commun par l’institution de sociétés post-carbones et d’économies décarbonées. Et ce fut bien là le message officiel de l’Accord de Paris : le monde tel qu’il va, ne va plus. Il n’est plus hors de question ; il n’est plus sanctuarisé ; il faut sortir de la civilisation fossile ; tout doit changer. De quoi faire rougir la célèbre activiste Naomi Klein qui publiait pour l’occasion un livre évènement : Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique.

Jusqu’où les sociétés peuvent-elles se transformer et quelles voies devraient-elles emprunter pour maintenir la terre habitable, dignement et démocratiquement habi


[1] Ce souci de clarifier ce que les sciences du monde social peuvent face à l’écocide a également motivé cet article récent de Sophie Dubuisson-Quellier: « La crise écologique comme fait social. Penser le gouvernement de la transition avec les sciences sociales », Comptes rendus Géosciences, vol. 357, 2025, p. 401-409; cette publication apparaît comme un précieux complément à ce texte et je remercie Sophie Dubuisson-Quellier pour nos échanges à ce sujet. Sur un enjeu différent mais dans le même esprit, voir également : Johanna Siméant-Germanos, « Face à l’autoritarisme : défendre les sciences et le monde qui permet d’en faire », Genèses, vol.139, 2025, p. 146-151.

[2] Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard, 1991.

[3] Geneviève Pruvost, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte, La Découverte, 2024.

[4] Laure Bereni et Sophie Dubuisson-Quellier, « Au-delà de la confrontation. Saisir la diversité des interactions entre mondes militants et mondes économiques », Revue française de sociologie, vol. 61, 2020/4, p. 505-529 ; Jean-Baptiste Comby, « Un éthos pondérateur. Adoucir et filtrer la critique écologique pour l’ouvrir au capitalisme. Et vice versa », Actes de la recherche en sciences sociales, n°241, 2022.

[5] Voir l’article AOC du 22 septembre 2025 de Lorenzo Barrault-Stella, « Réflexions autour des alternatives écolo-libertaires dans les mondes ruraux ».

[6] Haud Guéguen, Laurent Jeanpierre, La perspective du possible. Comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire, La Découverte, 2022.

[7] Andreas Malm, L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital, la Fabrique éditions, 2017.

[8] Mounia Bennani-Chraïbi, Olivier Fillieule, « Pour une sociologie des situations révolutionnaires. Retour sur les révoltes arabes », Revue française de science politique, n°62, 2012, p.767-796.

[9] Jean-Baptiste Fressoz, Sans Transitions. Une nouvelle histoire de l’é

Jean-Baptiste Comby

Sociologue, Maître de conférences en sociologie, chercheur au CENS et au CARISM

Notes

[1] Ce souci de clarifier ce que les sciences du monde social peuvent face à l’écocide a également motivé cet article récent de Sophie Dubuisson-Quellier: « La crise écologique comme fait social. Penser le gouvernement de la transition avec les sciences sociales », Comptes rendus Géosciences, vol. 357, 2025, p. 401-409; cette publication apparaît comme un précieux complément à ce texte et je remercie Sophie Dubuisson-Quellier pour nos échanges à ce sujet. Sur un enjeu différent mais dans le même esprit, voir également : Johanna Siméant-Germanos, « Face à l’autoritarisme : défendre les sciences et le monde qui permet d’en faire », Genèses, vol.139, 2025, p. 146-151.

[2] Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard, 1991.

[3] Geneviève Pruvost, La subsistance au quotidien. Conter ce qui compte, La Découverte, 2024.

[4] Laure Bereni et Sophie Dubuisson-Quellier, « Au-delà de la confrontation. Saisir la diversité des interactions entre mondes militants et mondes économiques », Revue française de sociologie, vol. 61, 2020/4, p. 505-529 ; Jean-Baptiste Comby, « Un éthos pondérateur. Adoucir et filtrer la critique écologique pour l’ouvrir au capitalisme. Et vice versa », Actes de la recherche en sciences sociales, n°241, 2022.

[5] Voir l’article AOC du 22 septembre 2025 de Lorenzo Barrault-Stella, « Réflexions autour des alternatives écolo-libertaires dans les mondes ruraux ».

[6] Haud Guéguen, Laurent Jeanpierre, La perspective du possible. Comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire, La Découverte, 2022.

[7] Andreas Malm, L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital, la Fabrique éditions, 2017.

[8] Mounia Bennani-Chraïbi, Olivier Fillieule, « Pour une sociologie des situations révolutionnaires. Retour sur les révoltes arabes », Revue française de science politique, n°62, 2012, p.767-796.

[9] Jean-Baptiste Fressoz, Sans Transitions. Une nouvelle histoire de l’é