Vers le monde post-urbain
Nous entrons dans l’ère post-urbaine[1]. L’affirmation paraît étrange lorsqu’on constate la croissance de la population urbaine dans le monde et l’émergence, explosive par sa vitesse, d’agglomérations géantes en Asie et dans les pays du Sud.

En réalité, les taux d’urbanisation calculés par l’ONU, sur la base de conventions très différentes selon les pays, et à partir de statistiques de valeur pour le moins inégales, ne sont guère pertinents. Ils cachent un processus plus profond que des chercheurs tels que Neil Brenner aux USA, Jacques Lévy et Michel Lussault en France, parmi d’autres, qualifient d’« urbanisation généralisée ».
Le constat de base est que les espaces urbains denses et les territoires traditionnellement appelés ruraux sont de plus en plus étroitement imbriqués et interdépendants, que des espaces hybrides – comme le périurbain métropolitain en France – accueillent une part croissante de la population et des activités[2], que les profils sociologiques et culturels des populations dites urbaines et non urbaines sont de plus en plus convergents.
En organisant en 2020 son exposition « Countryside. The Future » au Musée Guggenheim de New York, l’architecte néerlandais Rem Koolhaas a pris acte du fait que les transformations opérées dans les espaces peu denses au cours des dernières décennies sont au moins aussi radicales que celles des métropoles. L’historien américain Steven Conn, dans un livre intitulé Les mensonges de la campagne, a définitivement déconstruit le mythe d’une Amérique rurale encore plus ou moins jeffersonienne, en montrant que, des Appalaches aux Rocheuses, les grands espaces américains ont été confrontés aux mêmes mutations brutales que les métropoles côtières : industrialisation, financiarisation, militarisation[3].
Lewis Mumford avait posé la question dès 1961 : « La ville va-t-elle disparaître ? Ou bien la planète va-t-elle se transformer en une seule et vaste ruche urbaine – ce qui serait une autre forme de disparition[4] ?
