Quelle confiance accorder au « Baromètre de la confiance politique » ?
La récente publication de la dernière vague du « Baromètre de la confiance politique » réalisé par le Cevipof et Opinionway (janvier 2026) se présente comme un cri d’alarme démocratique : la confiance « des Français » dans la politique, les élus et les partis, ne semble jamais avoir été aussi basse depuis que cette enquête est menée (2009).

La « confiance s’effondre », et c’est bien la défiance à l’égard de la politique qui devient la norme. Les innombrables commentaires de ces résultats insistent sur le danger que cette défiance fait peser sur la démocratie et déplorent la profonde crise de la politique en cours. « Les Français » se désintéressaient massivement de la politique et de l’action collective et se replieraient sur leur sort individuel. La perte de confiance menacerait la cohésion sociale dans son ensemble.
Si l’évolution des taux de défiance mesurés par l’enquête est incontestable, il faut cependant prendre garde à un certain nombre de contresens qui risquent d’altérer l’interprétation de ces résultats.
La première précaution consiste à s’interroger sur la distribution sociale de cette distance défiante à la politique. On le sait depuis les années 1970, la politisation, comme propension à s’intéresser à la politique et à y intéresser autrui, est très inégalement distribuée dans l’espace social. Le « cens caché » que théorise Daniel Gaxie (1978) discrimine les citoyens selon leur position sociale et leur niveau de diplôme. Ceux qui occupent des positions dominantes dans la société (les classes supérieures, les plus diplômés, les mieux insérés professionnellement et socialement) sont ceux qui s’intéressent le plus à la politique et qui votent le plus – maximisant ainsi leur chance de peser sur les résultats des élections.
Les Enquêtes Participation menées dans les dernières décennies par l’Insee confirment que le vote et l’abstention sont toujours très inégalement distribués. Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, et Jean-Yves Dormagen[1] ont par
