Politique

Quelle confiance accorder au « Baromètre de la confiance politique » ?

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À en croire le récent sondage Cevipof/OpinionWay, seuls 22% des Français·es auraient encore confiance dans la politique. Mais les modes d’actualisation de la politisation autant que les espaces dans lesquels elle se déploie se reconfigurent, dans l’angle mort de ce « baromètre ». Si la défiance se creuse, c’est surtout en raison de la coupure entre les institutions et les formes ordinaires d’intérêt pour la politique.

La récente publication de la dernière vague du « Baromètre de la confiance politique » réalisé par le Cevipof et Opinionway (janvier 2026) se présente comme un cri d’alarme démocratique : la confiance « des Français » dans la politique, les élus et les partis, ne semble jamais avoir été aussi basse depuis que cette enquête est menée (2009).

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La « confiance s’effondre », et c’est bien la défiance à l’égard de la politique qui devient la norme. Les innombrables commentaires de ces résultats insistent sur le danger que cette défiance fait peser sur la démocratie et déplorent la profonde crise de la politique en cours. « Les Français » se désintéressaient massivement de la politique et de l’action collective et se replieraient sur leur sort individuel. La perte de confiance menacerait la cohésion sociale dans son ensemble.

Si l’évolution des taux de défiance mesurés par l’enquête est incontestable, il faut cependant prendre garde à un certain nombre de contresens qui risquent d’altérer l’interprétation de ces résultats.

La première précaution consiste à s’interroger sur la distribution sociale de cette distance défiante à la politique. On le sait depuis les années 1970, la politisation, comme propension à s’intéresser à la politique et à y intéresser autrui, est très inégalement distribuée dans l’espace social. Le « cens caché » que théorise Daniel Gaxie (1978) discrimine les citoyens selon leur position sociale et leur niveau de diplôme. Ceux qui occupent des positions dominantes dans la société (les classes supérieures, les plus diplômés, les mieux insérés professionnellement et socialement) sont ceux qui s’intéressent le plus à la politique et qui votent le plus – maximisant ainsi leur chance de peser sur les résultats des élections.

Les Enquêtes Participation menées dans les dernières décennies par l’Insee confirment que le vote et l’abstention sont toujours très inégalement distribués. Céline Braconnier, Baptiste Coulmont, et Jean-Yves Dormagen[1] ont par


[1] Céline Braconnier, Baptiste Coulmont et Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, vol. 67, n° 6, 2017, p. 1023-1040.

[2] Éric Agrikoliansky et François Buton, Les métamorphoses de la politisation, PUF, 2025.

[3] Frédéric Sawicki, Les réseaux du parti socialiste. Sociologie d’un milieu partisan, Belin, 1997.

[4] Patrick Lehingue et Bernard Pudal, Du FN au RN, les raisons d’un succès, PUF, 2026.

[5] Ce qui semble clairement avoir été le cas pour Jean-Luc Mélenchon et LFI, comme le montre : Manuel Cervera-Marzal, Le populisme de gauche : Sociologie de la France insoumise, La Découverte, 2021.

[6] Bernard Dolez, Julien Fretel et Rémi Lefebvre, (dir.), L’entreprise Macron, Presses universitaires de Grenoble, 2019 et Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel et Rémi Lefebvre (dir.), L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

[7] Lorenzo Barrault-Stella et Patrick Lehingue, « Affinités sociales, intermédiations politiques », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 232-233, vol. 2, 2020.

[8] Vincent Tiberj, « Voter ne suffit plus. Renouvellement générationnel, rapport à l’élection et transformation de la participation politique », Agora débats/jeunesses, n° 86, vol. 3, 2020.

[9] Emmanuelle Reungoat, Sylvain Bordiec, François Buton, Christèle Dondeyne, Étienne Walker, Devenir des Gilets Jaunes, Éditions du Croquant, 2025.

Éric Agrikoliansky

Politiste, Professeur de Science politique à l'université Paris Dauphine/PSL et directeur de l'IRISSO

François Buton

Politiste, Directeur de recherche au CNRS, laboratoire Triangle, ENS de Lyon

Notes

[1] Céline Braconnier, Baptiste Coulmont et Jean-Yves Dormagen, « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, vol. 67, n° 6, 2017, p. 1023-1040.

[2] Éric Agrikoliansky et François Buton, Les métamorphoses de la politisation, PUF, 2025.

[3] Frédéric Sawicki, Les réseaux du parti socialiste. Sociologie d’un milieu partisan, Belin, 1997.

[4] Patrick Lehingue et Bernard Pudal, Du FN au RN, les raisons d’un succès, PUF, 2026.

[5] Ce qui semble clairement avoir été le cas pour Jean-Luc Mélenchon et LFI, comme le montre : Manuel Cervera-Marzal, Le populisme de gauche : Sociologie de la France insoumise, La Découverte, 2021.

[6] Bernard Dolez, Julien Fretel et Rémi Lefebvre, (dir.), L’entreprise Macron, Presses universitaires de Grenoble, 2019 et Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel et Rémi Lefebvre (dir.), L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

[7] Lorenzo Barrault-Stella et Patrick Lehingue, « Affinités sociales, intermédiations politiques », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 232-233, vol. 2, 2020.

[8] Vincent Tiberj, « Voter ne suffit plus. Renouvellement générationnel, rapport à l’élection et transformation de la participation politique », Agora débats/jeunesses, n° 86, vol. 3, 2020.

[9] Emmanuelle Reungoat, Sylvain Bordiec, François Buton, Christèle Dondeyne, Étienne Walker, Devenir des Gilets Jaunes, Éditions du Croquant, 2025.