Les valeurs familiales de Jeffrey Epstein
Parmi les traits les plus singuliers de l’extrême droite américaine contemporaine figure l’émergence de « pères primordiaux » – ces patriarches de l’Ancien Testament animés du désir d’engendrer non pas simplement une famille, mais tout un peuple. Elon Musk est le plus emblématique de ces Abrahams en puissance, sans être le seul.

Un long reportage du Wall Street Journal a documenté son désir d’engendrer ce qu’il appelle une « légion » d’enfants destinés à sauver l’humanité d’un effondrement démographique et à porter ses gènes supérieurs vers un avenir lointain. Une fusée SpaceX se tient prête à transporter sa semence au-delà de la Terre, dans un processus qui s’apparente à la panspermie – la théorie selon laquelle la vie organique serait parvenue sur notre planète par l’intermédiaire de poussières interstellaires – mais en sens inverse.
À ce jour, on prête à Musk au moins quatorze enfants nés de quatre femmes différentes, dont les affaires juridiques et financières sont en partie gérées par Jared Birchall, directeur de son family office. « Nous devrons recourir à des mères porteuses », a-t-il écrit par SMS à l’une d’elles, afin d’« atteindre le niveau légion avant l’apocalypse. » En prévision de cette démultiplication, il a fait l’acquisition d’un vaste domaine à usage multiple à Austin, au Texas.
L’on considère généralement le natalisme prôné par la Silicon Valley comme relevant de l’eugénisme, mais c’est là une lecture qui, si elle saisit le désir de purification raciale, ne dit rien du processus singulier par lequel cette pureté serait atteinte. Les eugénistes « classiques » de l’ère progressiste américaine cherchaient à éradiquer l’anomalie génétique, qu’ils tenaient pour responsable de la dégénérescence mentale et d’autres maux sociaux. Musk et ses semblables, en revanche, sont pénétrés de la pseudoscience du transhumanisme – moins soucieux d’éliminer l’erreur que d’exalter la déviance exceptionnelle. Le patriarche idéal est celui dont le QI hors norme
