Comment penser le conservatisme contemporain ?
À la mémoire d’Eleni Varikas (1949-2026)
Parler de la banalisation du discours des droites[1], dans un contexte de victoire électorale et idéologique, devient en soi de plus en plus banal. Mais le bouillonnement idéologique qui l’accompagne exprime et dépasse à la fois les reconfigurations des droites et de leurs intellectuels. Le regard analytique porté sur ce bouillonnement est d’autant plus crucial qu’il détermine en partie les réponses politiques à y apporter.

Le récent regain d’intérêt pour les idées et les intellectuels des droites, singulièrement depuis le second mandat de Donald Trump à la Maison Blanche, se donne à voir tant dans les champs académique[2] et médiatique qu’au croisement de ceux-ci[3].
Ceci ne va pas sans controverses, comme en a témoigné l’article récemment consacré par Sylvain Bourmeau à la revue Le Grand Continent, et la réponse qu’il a suscitée. Par-delà la controverse, une discussion semble émerger autour de la façon d’étudier les idées et les intellectuels des droites, et sur la place à leur accorder dans l’analyse des bouleversements du monde contemporain, en particulier le processus de fascisation auquel nous assistons[4].
Politistes étudiant depuis plusieurs années les intellectuel.les conservateurs et conservatrices[5], nous souhaitons par ce texte apporter une contribution à cette discussion[6]. Cette contribution consiste en particulier à proposer d’appréhender ce que nous appelons des politiques intellectuelles conservatrices, et à éclairer comment il est possible d’étudier les intellectuels que certains chercheurs et commentateurs nomment réactionnaires, que nous nommons plus spécifiquement conservateurs, pour des raisons qui seront clairement exposées plus bas.
Pourquoi et comment étudier les idées et les intellectuels des droites ?
De quelles idées et de quels intellectuels parle-t-on ? Commençons par un constat. Une nébuleuse de think tanks, de revues et d’universités, en interconnexion croissante depuis une dizaine
