Culture

L’édition recomposée : concentration, polarisation et idéologisation

Professeur en communication

En 2023, Vivendi, de Vincent Bolloré, acquiert le groupe Hachette et le groupe CMI, de Daniel Kretinsky, reprend Editis. Édition, diffusion-distribution, librairies, presse : les deux plus grands groupes de la filière du livre sont des cas d’école de concentrations horizontale et verticale. On parlait d’oligopole à frange pour l’industrie du livre. N’y a-t-il pas plutôt dichotomie entre le centre du marché et sa périphérie ? Et que se passe-t-il quand la logique économique se double d’un objectif idéologique ?

Le cœur du marché de l’édition est l’apanage de grands groupes industriels, structurés en filiales, qui sont actifs tout au long de la chaîne de valeur, depuis l’acquisition des droits d’édition jusqu’à la distribution et la commercialisation des livres. Cette situation n’est pas nouvelle, mais s’inscrit dans une histoire de l’édition marquée par un mouvement de concentration qui s’est accéléré à partir des années 2000.

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Le dernier épisode marquant a eu lieu en 2023, avec le rachat d’Hachette par Vivendi, contrôlé par l’homme d’affaires Vincent Bolloré, et la reprise concomitante d’Editis par le groupe Czech Media Invest (CMI) de Daniel Kretinsky. Les deux premiers groupes éditoriaux français sont ainsi insérés dans des conglomérats, dont les activités sont diversifiées, y compris dans les médias, et également orientées vers des marchés internationaux.

À mesure que la concentration s’est intensifiée, la structure industrielle de l’édition est devenue de plus en plus dichotomique, entre le centre du marché et sa périphérie constituée de petits et moyens éditeurs indépendants. Cette dynamique suscite des inquiétudes parmi les professionnels du livre et de l’écrit, d’autant plus que la concentration ne poursuit plus seulement des finalités économiques mais aussi idéologiques.

À la recherche d’économies d’échelle

Le modèle économique de l’édition repose sur la recherche d’économies d’échelle, permises par la reproductibilité technique du livre. Les coûts de production d’un ouvrage se décomposent en deux grandes catégories. D’une part, les coûts fixes sont élevés : ils correspondent aux dépenses nécessaires à la conception et à la mise en production du livre (rémunération de l’auteur, lecture-correction, mise en page, fabrication, etc.), indépendamment du nombre d’exemplaires vendus. D’autre part, les coûts variables, en particulier liés à l’impression, diminuent à mesure que les volumes de tirage augmentent.

Ainsi, plus le tirage est important, plus le potentie


[1]  Bibliodiversité, n° 11 (« Précarité de l’édition indépendante »), 2024.

[2] Olivier Donnat, « Évolution de la diversité consommée sur le marché du livre, 2007-2016 », Culture Études, n° 3 2018, p. 1-28; David Piovesan et Nicolas Guilhot, Étude sur la diversité de l’offre en librairie : bilan de la période 2017-2023, Université Lyon 3 et Syndicat de la librairie française, 2024.

[3] Sylvain Dejean, Marianne Lumeau et Stéphanie Peltier, « Une analyse de la concentration de l’attention par les groupes médiatiques en France », Revue économique, vol. 76, 2025/2.

Louis Wiart

Professeur en communication, Université libre de Bruxelles (ULB), membre du ReSIC (Centre de recherche en information et communication)

Notes

[1]  Bibliodiversité, n° 11 (« Précarité de l’édition indépendante »), 2024.

[2] Olivier Donnat, « Évolution de la diversité consommée sur le marché du livre, 2007-2016 », Culture Études, n° 3 2018, p. 1-28; David Piovesan et Nicolas Guilhot, Étude sur la diversité de l’offre en librairie : bilan de la période 2017-2023, Université Lyon 3 et Syndicat de la librairie française, 2024.

[3] Sylvain Dejean, Marianne Lumeau et Stéphanie Peltier, « Une analyse de la concentration de l’attention par les groupes médiatiques en France », Revue économique, vol. 76, 2025/2.