Démocratie locale et politisation des enjeux locaux
Derrière son aspect faussement candide, la question posée est loin d’être simple. Elle soulève le problème de la portée des enjeux traités dans les communes, et les campagnes électorales qui s’y déploient. Doit-on considérer que les affaires municipales opposent des visions, et même des intérêts antagoniques, et supposent des choix collectifs disputés ? Ou bien sont-elles dépourvues de toute conflictualité pour renvoyer à un ordre principalement gestionnaire ? Pour faire simple, peut-on parler dans les communes de débats « politiques » ?

Certes, comme toute soirée électorale, les municipales seront censées rendre un « verdict » politique : les commentateurs et analystes s’en donneront à cœur joie pour déterminer l’ampleur de la « sanction » gouvernementale, détecter la « vague » portant l’opposition et mesurer les « reports » de voix dans chacun des camps. La légitimité du président de la République, et sans doute de son Premier ministre, ne sera pas épargnée et jugée à l’aune des résultats dans les près de 35 000 communes, même si les regards se tourneront prioritairement vers les plus grandes d’entre elles.
Pourtant, cette exégèse des comportements électoraux a, comme l’a bien montré le politiste Patrick Lehingue, tout de l’artifice : elle agrège en un verdict univoque de multiples batailles locales aux configurations hétérogènes[1]. La difficulté à tirer des leçons générales est accrue depuis les années 2010 par une tendance à l’euphémisation par les candidats des partis politiques, qui deviennent parfois un stigmate en campagne ou se réduisent à un emblème apposé sur une affiche. En 2020, l’apparition du parti présidentiel, LREM (La République en marche) a même un peu plus brouillé les cartes en précipitant des coalitions électorales différentes d’une ville à l’autre : d’une liste LREM associée aux Républicains ici, répondront des rapprochements (certes limités) avec des socialistes ou, parfois, une liste autonome.
Si la prudence doit s’imposer dans l’
