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Anatomie d’un grand écart : le Chili repasse à l’extrême droite

Politiste, Historien

Après l’estallido (explosion) sociale de 2019 qui avait permis à la gauche de se hisser au pouvoir, c’est un président d’extrême droite qui vient de prêter serment ce 11 mars à Santiago. Jose Antonio Kast a axé sa campagne sur l’ordre et la sécurité, sans cacher sa nostalgie pour les années Pinochet. Il a profité notamment du vote obligatoire, qui a contraint des citoyens désenchantés à se rendre aux urnes.

Le 11 mars 2022, Gabriel Boric accédait à la présidence de la République du Chili et inscrivait ce jour dans l’histoire récente du pays en concluant son premier discours par ces mots : « Comme l’avait prédit Salvador Allende il y a près de 50 ans, nous sommes à nouveau, compatriotes, en train d’ouvrir les grandes avenues où passeront les hommes libres, les femmes libres, pour construire une société meilleure. »

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Trois mois plus tôt, la victoire de l’ancien leader étudiant au second tour des élections présidentielles, à la tête d’une large coalition progressiste et contre le candidat d’extrême droite José Antonio Kast qui était arrivé en tête au premier tour, avait résonné comme la cristallisation politique du vaste mouvement social qui avait secoué le pays à la fin de l’année 2019. Cet estallido (explosion), durant lequel des millions de Chiliens réclamant davantage d’État social et une rupture avec les recettes néolibérales à l’œuvre depuis un demi-siècle, avait contraint le président de l’époque, Sebastián Piñera, à convoquer une Assemblée constituante censée rompre avec la Constitution de 1980 et les héritages socio-économiques et institutionnels qui persistaient des années Pinochet.

Le 11 mars 2026, c’est pourtant José Antonio Kast, leader du Parti républicain et large vainqueur de la candidate de la coalition progressiste au second tour de l’élection présidentielle de 2025, qui prête serment au palais de la Moneda après avoir déclaré, au soir de sa victoire : « L’espoir de vivre sans crainte, cette crainte qui angoisse les familles, a triomphé. Ce Chili qui travaille, ce Chili qui se lève tôt, ce Chili qui élève ses enfants au prix de nombreux sacrifices […] Nous allons rétablir la loi dans toutes les régions, sans exception, sans privilèges politiques, administratifs ou judiciaires, car ce sont les citoyens que nous devons servir. »

Pour de nombreux observateurs – dont les auteurs de cet article – qui avaient pu croire, avec l’estallido social de 2019


[1] L’indice ou coefficient de Gini est un indicateur qui permet de rendre compte du niveau d’inégalité pour une variable et sur une population donnée. Il varie entre 0 qui signale une égalité parfaite, et 1 pour une inégalité extrême. Au Chili, cet indice est de 0,47 après redistribution en 2024 contre 0,31 en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Mathilde Allain

Politiste, Maîtresse de conférences en science politique à l'Université Sorbonne Nouvelle (Institut des Hautes Études de l’Amérique latine), membre du Centre de recherche et de documentation des Amériques

Olivier Compagnon

Historien, Professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle (Institut des Hautes Études de l’Amérique latine), directeur-adjoint du Centre de recherche et de documentation des Amériques, membre de l’Institut universitaire de France.

Notes

[1] L’indice ou coefficient de Gini est un indicateur qui permet de rendre compte du niveau d’inégalité pour une variable et sur une population donnée. Il varie entre 0 qui signale une égalité parfaite, et 1 pour une inégalité extrême. Au Chili, cet indice est de 0,47 après redistribution en 2024 contre 0,31 en moyenne dans les pays de l’OCDE.