International

Au Liban, la quatrième étape d’une guerre qui n’a jamais cessé

Politiste

Depuis octobre 2023, le Liban traverse un conflit en quatre actes dont la presse internationale peine à reconstituer la continuité. L’opération en cours n’est ni une guerre nouvelle ni une simple extension du front iranien : elle s’inscrit dans deux ans et demi d’opérations ininterrompues, d’une occupation aérienne silencieuse et d’une victoire médiatique israélienne passée inaperçue.

La presse internationale a suivi chaque soubresaut de crises au Liban pendant des décennies et malgré sa taille réduite le pays a toujours été deux à trois fois plus couvert que d’autres pays du monde ou d’autres conflits[1] – elle se lasse pourtant récemment de ce « pays message » (formule de Jean Paul II en 1989), pays justement suspendu à des discours qui ont toujours fait exister le Liban inlassablement aux yeux du monde et comme perpétuellement adossé le destin du pays à la confiance et l’intérêt des acteurs internationaux.

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Plus que pour d’autres pays, le brouillard de guerre actuel au Liban est un danger. Les discours sur le Liban sont devenus rares et tournent court, le pays est passé à un second plan de l’actualité internationale et régionale depuis quelques années de manière inédite, dans l’ombre de l’horreur impardonnable de Gaza et aujourd’hui de la guerre en Iran, comme dans la lassitude aussi de crises nationales successives, jamais résolues et dont plus personne ne sait quoi redire.

Savoir ce qui se passe au Liban s’avère difficile aujourd’hui, a fortiori ce qui pourrait s’y passer : prétendre faire classiquement du terrain depuis 2023 est devenu illusoire, ne serait-ce que par respect pour des populations qui n’ont plus l’énergie de participer à la moindre enquête, tandis que le flux incessant d’informations instables (et plus encore instabilisées par un régime de commentaire permanent) rend tout éphémère, contradictoire, et démultiplié dans des structures mimétiques et un jeu de communiqués et contre-communiqués.

Israël annonce des frappes à venir qui n’arrivent pas toujours, tandis que le Hezbollah annonce des salves de roquettes et leurs cibles qui pourtant n’atteignent quasiment jamais leur but et sont interceptées entre temps ; Israël annonce avoir éliminé une cible, qui parfois réapparait quelques heures plus tard, tandis que le Hezbollah ne communique plus sur ses pertes ; chacun renvoyant l’autre à de la désinformation, des dissimula


[1] Gallicagram permettait jusqu’à récemment d’explorer cette couverture intense du Liban en comparaison d’autres pays, notamment sur les données du journal Le Monde des cinquante dernières années.

[2] Le Hezbollah dans les années 2000-2010 avait une communication audiovisuelle sophistiquée, avec chaîne de télévision, clips, et même jeux vidéo, qui ne s’est pas renouvelée au fil des ans – la mort de Hassan Nasrallah en 2024 en était l’ultime étape, et l’absence d’usage de l’IA depuis en étant peut-être l’autre marqueur le plus évident.

[3] Qui, soulignons-le, n’ont rien touché en Israël et relevaient bien plus du tir symbolique, y compris symbole de briser sciemment le cessez-le-feu de son côté, et symbole de ne pas avoir réagi pendant un an à des tirs au Liban mais de le faire au nom de la solidarité avec l’Iran.

[4] À comparer aux 2 000 cibles en 3 jours en Iran récemment.

[5] L’armée a par exemple annoncé assez rapidement n’avoir plus assez d’explosifs pour détruire les caches et structures du Hezbollah.

[6] Contre 20 milliards pour l’armée israélienne et surtout 300 millions pour l’armée libanaise post-crise de 2020 et 2 milliards avant crise.

[7] Sans comprendre le ridicule de l’affirmation, ni de la source (une vague carte disponible en ligne sur un blog libanais de droite), un pseudo think tank, Alma Research, a fait circuler l’idée en 2021 d’un tunnel du Hezbollah de 25 km de long, soit un tunnel militaire parmi les plus longs au monde, construit secrètement dans une zone montagneuse – à force d’être le seul à proposer des chiffres impossibles à avoir, ce think tank est malheureusement régulièrement cité depuis comme une source.

[8] Iftah Burman et Yehuda Blanga, « Lessons from the SyriaHezbollah Criminal Syndicate, 1985–2005 », Middle East Policy, vol. 32, n° 2, 2025.

[9]  Qui, de fait, abordait un phénomène intellectuel déjà marginal au moment où l’armée israélienne allait opérer un tournant anti-intellectuel. Cette théorie est depuis analysée comme un ex

Pierre France

Politiste, Doctorant en science politique à l’Université Aix-Marseille, Associé à l’Institut Français du Proche-Orient - Beyrouth

Notes

[1] Gallicagram permettait jusqu’à récemment d’explorer cette couverture intense du Liban en comparaison d’autres pays, notamment sur les données du journal Le Monde des cinquante dernières années.

[2] Le Hezbollah dans les années 2000-2010 avait une communication audiovisuelle sophistiquée, avec chaîne de télévision, clips, et même jeux vidéo, qui ne s’est pas renouvelée au fil des ans – la mort de Hassan Nasrallah en 2024 en était l’ultime étape, et l’absence d’usage de l’IA depuis en étant peut-être l’autre marqueur le plus évident.

[3] Qui, soulignons-le, n’ont rien touché en Israël et relevaient bien plus du tir symbolique, y compris symbole de briser sciemment le cessez-le-feu de son côté, et symbole de ne pas avoir réagi pendant un an à des tirs au Liban mais de le faire au nom de la solidarité avec l’Iran.

[4] À comparer aux 2 000 cibles en 3 jours en Iran récemment.

[5] L’armée a par exemple annoncé assez rapidement n’avoir plus assez d’explosifs pour détruire les caches et structures du Hezbollah.

[6] Contre 20 milliards pour l’armée israélienne et surtout 300 millions pour l’armée libanaise post-crise de 2020 et 2 milliards avant crise.

[7] Sans comprendre le ridicule de l’affirmation, ni de la source (une vague carte disponible en ligne sur un blog libanais de droite), un pseudo think tank, Alma Research, a fait circuler l’idée en 2021 d’un tunnel du Hezbollah de 25 km de long, soit un tunnel militaire parmi les plus longs au monde, construit secrètement dans une zone montagneuse – à force d’être le seul à proposer des chiffres impossibles à avoir, ce think tank est malheureusement régulièrement cité depuis comme une source.

[8] Iftah Burman et Yehuda Blanga, « Lessons from the SyriaHezbollah Criminal Syndicate, 1985–2005 », Middle East Policy, vol. 32, n° 2, 2025.

[9]  Qui, de fait, abordait un phénomène intellectuel déjà marginal au moment où l’armée israélienne allait opérer un tournant anti-intellectuel. Cette théorie est depuis analysée comme un ex