Au Liban, la quatrième étape d’une guerre qui n’a jamais cessé
La presse internationale a suivi chaque soubresaut de crises au Liban pendant des décennies et malgré sa taille réduite le pays a toujours été deux à trois fois plus couvert que d’autres pays du monde ou d’autres conflits[1] – elle se lasse pourtant récemment de ce « pays message » (formule de Jean Paul II en 1989), pays justement suspendu à des discours qui ont toujours fait exister le Liban inlassablement aux yeux du monde et comme perpétuellement adossé le destin du pays à la confiance et l’intérêt des acteurs internationaux.

Plus que pour d’autres pays, le brouillard de guerre actuel au Liban est un danger. Les discours sur le Liban sont devenus rares et tournent court, le pays est passé à un second plan de l’actualité internationale et régionale depuis quelques années de manière inédite, dans l’ombre de l’horreur impardonnable de Gaza et aujourd’hui de la guerre en Iran, comme dans la lassitude aussi de crises nationales successives, jamais résolues et dont plus personne ne sait quoi redire.
Savoir ce qui se passe au Liban s’avère difficile aujourd’hui, a fortiori ce qui pourrait s’y passer : prétendre faire classiquement du terrain depuis 2023 est devenu illusoire, ne serait-ce que par respect pour des populations qui n’ont plus l’énergie de participer à la moindre enquête, tandis que le flux incessant d’informations instables (et plus encore instabilisées par un régime de commentaire permanent) rend tout éphémère, contradictoire, et démultiplié dans des structures mimétiques et un jeu de communiqués et contre-communiqués.
Israël annonce des frappes à venir qui n’arrivent pas toujours, tandis que le Hezbollah annonce des salves de roquettes et leurs cibles qui pourtant n’atteignent quasiment jamais leur but et sont interceptées entre temps ; Israël annonce avoir éliminé une cible, qui parfois réapparait quelques heures plus tard, tandis que le Hezbollah ne communique plus sur ses pertes ; chacun renvoyant l’autre à de la désinformation, des dissimula
