Société

Pénalisation de l’avortement : une mémoire unanime ?

Juriste

Par une loi du 29 décembre 2025, le Parlement a reconnu que la pénalisation de l’avortement en vigueur avant 1975 a été à l’origine de nombreuses souffrances pour les femmes, pour leurs proches et pour les personnes ayant pratiqué ces avortements. Une loi mémorielle importante mais dont l’adoption n’est pas exempte de certaines ambivalences.

On ne sait jamais parfaitement que penser d’un texte adopté à l’unanimité des deux chambres du Parlement[1]. Texte fondamental, rassembleur par sa puissance ou texte indolore, consensuel par inconsistance ? C’est entre ces deux pôles d’analyse qu’on hésite encore face à la loi publiée le 29 décembre 2025 visant à reconnaître le préjudice subi par les personnes condamnées sur le fondement de la législation pénalisant l’avortement et par toutes les femmes avant la loi du 17 janvier 1975[2].

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À première vue, le texte se range plutôt dans la catégorie des grands textes symboliques et indéniablement importants. Il se divise en deux temps. Le premier article, dans le droit fil des lois mémorielles, affirme que « la Nation reconnaît que l’application par l’État des dispositions législatives et réglementaires pénalisant le recours et l’accès à l’avortement, sa pratique et l’information sur l’avortement, […] a constitué une atteinte à la protection de la santé des femmes, à l’autonomie sexuelle et reproductive, à l’égalité entre les femmes et les hommes, aux droits des femmes et au droit au respect de la vie privée ». Il ajoute en outre que « ces dispositions ont conduit à de nombreux décès et ont été la source de souffrances physiques et morales pour les personnes concernées ainsi que pour leurs proches » et termine par la reconnaissance du fait que « ces dispositions ont été source de souffrances et de traumatismes pour des personnes condamnées pour avoir pratiqué des avortements ».

Le second article institue auprès du Premier ministre une commission de dix personnes (magistrat·e, spécialistes de l’histoire des femmes et de l’avortement et de la santé gynécologique des femmes, militant·es) « chargée de contribuer au recueil et à la transmission de la mémoire des atteintes aux droits subies par les femmes et reconnues par la Nation ».

Jusque-là rien de fort critiquable et même plutôt une heureuse initiative issue d’une proposition de loi sénatoriale mais, surtout,


[1] On notera simplement l’abstention du sénateur Hervé Maurey.

[2] Stéphanie Hennette-Vauchez et Laurie Marguet, « Avortement et travail de mémoire : justice, mais pas réparation », La Revue des droits de l’homme, 29, 2026.

[3] Voir aussi l’initiative en faveur de l’érection d’un monument à la mémoire des avortées inconnues.

[4] Voir par exemple : Choisir la cause des femmes, Lettres pour un avortement illégal. 1971-1975, Libertalia, 2025.

[5] Voir notamment Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Les Lois Veil. Un siècle d’histoire, La Découverte, 2024. Mais aussi, pour l’histoire des avortements et stérilisations forcées à la Réunion : Myriam Paris, Nous qui versons la vie goutte à goutte. Féminismes, économie reproductive et pouvoir colonial à la Réunion, Dalloz, 2020 ; Françoise Vergès, Le Ventre des femmes, Albin Michel, 2017.

[6]  C’est d’ailleurs toujours cet angle qui est mis en avant par les parlementaires de la droite républicaines. La députée Virginie Duby-Muller affirme ainsi à propos du travail de Mme Veil : « Sa loi de 1975 n’a pas fait la promotion de l’avortement : elle a mis fin à un drame sanitaire et social. Elle a remplacé la clandestinité par l’encadrement médical, la peur par la protection, la répression par la responsabilité ».

[7] Voir par exemple la sénatrice Mélanie Vogel, lors de la séance du 20 mars 2025 : « Cette responsabilité face aux victimes du passé s’étend aussi, politiquement, aux femmes d’aujourd’hui, à qui nous avons promis que leur liberté serait toujours garantie et qui peinent encore à accéder à ce droit fondamental en France. Dans la Drôme, il n’y a plus aucun centre de santé sexuelle. Tous ont fermé. En France, 20 % des femmes doivent changer de département pour accéder à l’avortement » ; la députée Elsa Faucillon, lors de la 1re séance de l’Assemblée nationale du 18 décembre 2025 : « J’en profite pour dire qu’il nous faut soutenir le Planning familial et lui accorder les subventions nécessaires. Ma

Lisa Carayon

Juriste, Maîtresse de conférences en droit à l'Université Sorbonne Paris Nord rattachée à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS)

Mots-clés

Féminisme

Notes

[1] On notera simplement l’abstention du sénateur Hervé Maurey.

[2] Stéphanie Hennette-Vauchez et Laurie Marguet, « Avortement et travail de mémoire : justice, mais pas réparation », La Revue des droits de l’homme, 29, 2026.

[3] Voir aussi l’initiative en faveur de l’érection d’un monument à la mémoire des avortées inconnues.

[4] Voir par exemple : Choisir la cause des femmes, Lettres pour un avortement illégal. 1971-1975, Libertalia, 2025.

[5] Voir notamment Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Les Lois Veil. Un siècle d’histoire, La Découverte, 2024. Mais aussi, pour l’histoire des avortements et stérilisations forcées à la Réunion : Myriam Paris, Nous qui versons la vie goutte à goutte. Féminismes, économie reproductive et pouvoir colonial à la Réunion, Dalloz, 2020 ; Françoise Vergès, Le Ventre des femmes, Albin Michel, 2017.

[6]  C’est d’ailleurs toujours cet angle qui est mis en avant par les parlementaires de la droite républicaines. La députée Virginie Duby-Muller affirme ainsi à propos du travail de Mme Veil : « Sa loi de 1975 n’a pas fait la promotion de l’avortement : elle a mis fin à un drame sanitaire et social. Elle a remplacé la clandestinité par l’encadrement médical, la peur par la protection, la répression par la responsabilité ».

[7] Voir par exemple la sénatrice Mélanie Vogel, lors de la séance du 20 mars 2025 : « Cette responsabilité face aux victimes du passé s’étend aussi, politiquement, aux femmes d’aujourd’hui, à qui nous avons promis que leur liberté serait toujours garantie et qui peinent encore à accéder à ce droit fondamental en France. Dans la Drôme, il n’y a plus aucun centre de santé sexuelle. Tous ont fermé. En France, 20 % des femmes doivent changer de département pour accéder à l’avortement » ; la députée Elsa Faucillon, lors de la 1re séance de l’Assemblée nationale du 18 décembre 2025 : « J’en profite pour dire qu’il nous faut soutenir le Planning familial et lui accorder les subventions nécessaires. Ma