Politique

Le RN et les municipales 2026 : premier bilan

Politiste

Si le scrutin municipal est probablement l’élection la plus difficile à décrypter, une analyse des chiffres réalisés par le RN aux élections de mars 2026 permet des premiers constats sur l’influence en hausse du parti au niveau local. Il faut toutefois attendre les élections sénatoriales pour tirer de véritables conclusions sur le nouveau degré d’implantation du RN dans les zones les plus rurales.

Le scrutin municipal est probablement, de par la dispersion des sites (plus de 35 000 communes) et la variété des configurations locales, l’élection la plus difficile à décrypter, si toutefois on entend limiter l’analyse aux sempiternelles questions du « qui a gagné ? ».

S’agissant du Rassemblement national, on peut au gré des indicateurs et étalons de mesure retenus, démultiplier les constats inégalement « pessimistes », en tempérant ce faisant l’enthousiasme de Marine Le Pen saluant dès le soir du premier tour sur X, « une immense victoire[1] ».

Première perspective, l’offre de candidatures frontistes

Si l’on prend les cent premières communes françaises[2], on ne décèle qu’un faible progrès dans la couverture du territoire : dans 18 de ces grandes cités (contre 24 en 2020), le RN n’est pas présent en 2026[3]. De même, le RN n’a délivré aucune investiture dans 8 départements et 22 préfectures. En élargissant la focale aux communes de plus de 10 000 habitants, l’alliance RN-UDR (Ciotti) est absente dans deux tiers d’entre elles, soit un taux de couverture moindre qu’en 2014 ou 1995 alors même qu’entre-temps le RN et ses alliés peuvent compter sur plus de 140 députés, 30 parlementaires européens et 3 à 400 collaborateurs parlementaires. Dans l’Oise par exemple (6 députés R.N. sur 7,45 % des suffrages exprimés aux législatives de 2024), le RN n’a été en mesure de présenter dans les 40 communes de plus de 3500 habitants, que six listes.

Plus problématique encore car renvoyant à l’un des handicaps structurels du RN – le turnover de ses cadres et le défaut d’enracinement – moins d’une tête de liste sur cinq lors des municipales de 2020 a été reconduite six ans plus tard quand dans le même temps 29 % des conseillers municipaux RN sortants avaient démissionné durant leur mandat (contre par exemple 13 % au PCF, 10 % au PS ou à LR). Les « zones blanches du RN correspondent souvent à̀ des départements dont la fédération a été́ bouleversée récemment[4] », par remplacement, po


[1] 15 mairies conquises à l’issue du premier tour, dont douze dans des villes de moins de 7 000 habitants. En comparaison, le PCF revendiquait pour la même période 250 mairies.

[2] Corpus établi à partir des effectifs de trois populations : celle de la commune centre, celle de l’unité urbaine et celle de l’aire d’attraction.

[3] Par exemple à Roanne, Cherbourg, Nanterre, Nancy, Créteil, Grenoble, Saint-Denis…

[4] « Aux élections municipales, ces nombreuses zones blanches où le RN est quasiment absent », Clément Guillou et Manon Romain, Le Monde, 03 mars 2026.

[5] Hormis en matière de politique culturelle, pour certains secteurs de l’aide sociale aux familles, dans la suppression des subventions à certaines associations et le renforcement des effectifs des polices municipales.

[6] 3,9 % pour les listes LFI.

[7] Souvent invoquée par les dirigeants du RN, la comparaison en voix avec 2020 ne vaut pas, au regard de l’abstention record due à la pandémie.

[8] « À l’issue de ce scrutin, jamais le RN et ses alliés n’ont compté́ autant d’élus sur le territoire. »

[9] « Formule gagnante » décrite dans Du FN au RN. Les raisons d’un succès, Patrick Lehingue et Bernard Pudal, PUF, 2026, p. 253-262 et p. 543-546. Pour le sénateur RN du Pas-de-Calais, Christopher Szczurek, « Si on ne gagne pas, c’est soit que nous ne sommes pas assez implantés, soit que le maire en place est bon. » (l’Opinion, 23 mars 2026). Notre modèle, que les résultats de 2026 valident, suggère que les choses sont un peu plus compliquées…

[10] Ainsi Marles-les-Mines : 12 800 habitants en 1954, 6 100 en 1999, 5 400 en 2023.

[11] 22 % à Houdain, 31 % pour Marles-les-Mines.

[12] 23 % en 2023 à Marles-les-Mines.

[13] Pour 140 députés RN-UDR, seuls 35 avaient pris le risque d’être candidats et huit seulement ont été élus.

[14] Avec un bref intermède communiste de 1935 à 1939 et à la libération durant une année.

[15] Le RN échoue par contre à faire tomber Robert Ménard à Béziers, réélu dès le premier tour avec 65,5

Patrick Lehingue

Politiste, Professeur de science politique à l'Université de Picardie Jules Verne

Notes

[1] 15 mairies conquises à l’issue du premier tour, dont douze dans des villes de moins de 7 000 habitants. En comparaison, le PCF revendiquait pour la même période 250 mairies.

[2] Corpus établi à partir des effectifs de trois populations : celle de la commune centre, celle de l’unité urbaine et celle de l’aire d’attraction.

[3] Par exemple à Roanne, Cherbourg, Nanterre, Nancy, Créteil, Grenoble, Saint-Denis…

[4] « Aux élections municipales, ces nombreuses zones blanches où le RN est quasiment absent », Clément Guillou et Manon Romain, Le Monde, 03 mars 2026.

[5] Hormis en matière de politique culturelle, pour certains secteurs de l’aide sociale aux familles, dans la suppression des subventions à certaines associations et le renforcement des effectifs des polices municipales.

[6] 3,9 % pour les listes LFI.

[7] Souvent invoquée par les dirigeants du RN, la comparaison en voix avec 2020 ne vaut pas, au regard de l’abstention record due à la pandémie.

[8] « À l’issue de ce scrutin, jamais le RN et ses alliés n’ont compté́ autant d’élus sur le territoire. »

[9] « Formule gagnante » décrite dans Du FN au RN. Les raisons d’un succès, Patrick Lehingue et Bernard Pudal, PUF, 2026, p. 253-262 et p. 543-546. Pour le sénateur RN du Pas-de-Calais, Christopher Szczurek, « Si on ne gagne pas, c’est soit que nous ne sommes pas assez implantés, soit que le maire en place est bon. » (l’Opinion, 23 mars 2026). Notre modèle, que les résultats de 2026 valident, suggère que les choses sont un peu plus compliquées…

[10] Ainsi Marles-les-Mines : 12 800 habitants en 1954, 6 100 en 1999, 5 400 en 2023.

[11] 22 % à Houdain, 31 % pour Marles-les-Mines.

[12] 23 % en 2023 à Marles-les-Mines.

[13] Pour 140 députés RN-UDR, seuls 35 avaient pris le risque d’être candidats et huit seulement ont été élus.

[14] Avec un bref intermède communiste de 1935 à 1939 et à la libération durant une année.

[15] Le RN échoue par contre à faire tomber Robert Ménard à Béziers, réélu dès le premier tour avec 65,5