Quand l’antivax MAGA finance la recherche africaine
La Guinée-Bissau est un petit pays d’Afrique de l’Ouest (2,1 millions d’habitants) que son indice de développement humain classe parmi les vingt pays les moins développés de la planète. La mortalité maternelle et infantile y est élevée et les soins de santé primaire ne sont pas accessibles pour tous les ménages. Le pays est particulièrement affecté par le virus de l’hépatite B : près d’une personne sur cinq est infectée.

Ce pays a été au cœur d’une controverse ayant agité la recherche médicale en ce début d’année autour de la conduite d’un essai contrôlé randomisé (RCT). Pour une étude de ce type, qui plus est assez modeste, la couverture médiatique et l’énergie déployée par de nombreux scientifiques pour faire connaître cette situation ont été exceptionnelles et méritent examen[1].
Le pédiatre américain Paul Offit a parlé de « nouveau Tuskegee » pour qualifier cette étude, convoquant le spectre de cette ville en Alabama dans laquelle une étude clinique a été menée entre 1932 et 1972 par des médecins observant l’évolution de la syphilis chez des hommes afro-américains pauvres, délibérément privés de traitement[2]. Ce parallèle historique repose sur le fait que l’étude n’est pas fondée sur une base scientifique crédible, mais sur l’exposition délibérée d’un groupe de participants à un préjudice qui pourrait être évité, et qu’elle est alimentée par un racisme décomplexé.
L’essai contrôlé randomisé a été conçu par des chercheurs du Bandim Health Project, une station de recherche créée en 1978 en Guinée-Bissau par des chercheurs danois. Il a reçu un financement de 1,6 million de dollars américains accordé par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, relevant du Department of Health and Human Services (HHS) dirigé par Robert Kennedy. L’étude prévoit de répartir de manière aléatoire 14 000 nouveau-nés en Guinée-Bissau en deux groupes, afin qu’ils soient vaccinés contre l’hépatite B à la naissance (groupe d’intervention), ou à l’
