Société

L’usage du vélo, marqueur ou moteur de l’écologie ?

Sociologue

Le vélo n’est pas d’abord choisi pour des raisons écologiques – il y conduit. En exposant les cyclistes aux nuisances du trafic, à la qualité de l’air et aux rythmes du territoire, la pratique reconfigure progressivement leurs valeurs et leurs modes de vie.

Dès les années 1880, Paul de Vivie, plus connu sous le surnom de « Vélocio », fait la promotion du vélo en vantant les mérites d’un mode de vie sain, sobre, lent, silencieux et contemplatif, qui jouit des beautés de la nature. Dès les années 1900, il dénonce le vacarme, la puanteur, la brutalité et la dépendance énergétique de l’automobile, qu’il décrit comme le symptôme d’une dérive morale et sociale. Peu à peu, le vélo est relégué au second plan, devenant surtout le mode de déplacement de première nécessité des classes populaires.

publicité

Il faut attendre la fin des années 1960 pour que la bicyclette devienne un symbole de l’opposition à la doctrine du « tout automobile » et à la société de consommation. Des convergences entre plusieurs mouvements écologistes se dressent alors contre la création de nouvelles routes. En 1972, les Amis de la Terre organisent une « manif à vélo », une forme de rassemblement qui sera ensuite désignée par le terme « vélorution ». À partir de 1973, en raison des chocs pétroliers, les préoccupations environnementales se doublent de préoccupations énergétiques. À l’inverse de la voiture, le vélo est présenté comme « non destructeur », « convivial » et permettant de se détacher des valeurs associées à la vitesse. Il devient un emblème écologiste. Comme le fait remarquer Jeannine Verdès-Leroux en 1974, le discours est socialement clivant, il est surtout reçu « par des jeunes, des marginaux d’origine bourgeoise, des intellectuels […] qui ont le choix entre divers modes de transport et qui n’ont pas travaillé dix heures sur un chantier ».

En dépit de ce dynamisme, le vélo utilitaire (utilisé pour se rendre vers des lieux d’activité du quotidien) devient presque anecdotique durant les années 1980 et 1990. Alors qu’il est impulsé aux Pays-Bas, en Allemagne et au Danemark par des politiques volontaristes de modération de la circulation automobile, ce n’est pas le cas en France, où sa mise à l’agenda « est d’abord portée par des groupes d’intér


David Sayagh

Sociologue , Maître de conférences Université Paris-Saclay