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Après Orbán, la Hongrie change de maîtres

Politiste

Le 12 avril 2026, Péter Magyar remporte en Hongrie la plus large victoire électorale depuis 1990. Mais si Tisza brise la machine Orbán, ce nouveau Parlement – sans gauche, sans voix populaires – reconduit une hégémonie conservatrice sous des formes plus présentables pour Bruxelles.

« Ruszkik haza ! » (les Russes, rentrez chez vous !). À l’annonce des résultats, dans les rues de Budapest au soir du 12 avril, on entend le slogan qui avait accompagné l’émergence de Viktor Orbán en 1989, quand il prononça son célèbre discours depuis la place des Héros dans lequel il réclamait alors le départ des troupes soviétiques. Trente-sept ans plus tard, ce même slogan accompagne la chute de celui qui est perçu par ses opposants comme un laquais du Kremlin.

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Malgré le soulagement, les embrassades et les larmes, puis la liesse dans toute la ville, le scepticisme persiste en arrière-plan, car si « c’est la fin » d’une ère, il faut à présent détricoter un système taillé sur mesure pendant seize ans et reconstruire un État de droit dans un pays dont les institutions ont été méthodiquement envahies par un seul parti.

Depuis Batthyány tér, avec le Parlement pour toile de fond, Péter Magyar célèbre la victoire de son parti Tisza : « Nous l’avons fait ! La Tisza et la Hongrie ont remporté cette élection, et de loin. Ensemble, nous avons renversé le régime d’Orban, ensemble nous avons libéré la Hongrie, ensemble nous avons repris le contrôle de notre pays. Notre victoire n’est pas visible depuis la lune, mais depuis chaque fenêtre hongroise, de la plus petite maison au plus haut immeuble. Dans l’histoire de la Hongrie démocratique, jamais personne n’a reçu un mandat aussi fort[1]. » Les chiffres donnent raison à cette rhétorique de la rupture. Avec 3 385 980 voix, Tisza a obtenu le plus grand nombre de suffrages jamais remporté par un parti depuis le changement de régime de 1990. Ces voix se traduisent en 141 sièges sur 199, soit non seulement le franchissement du seuil de la « super majorité » des deux tiers fixés à 133 sièges, mais également plus que le record que le Fidesz avait lui-même établi en 2022 avec 135 députés. Avec une participation frôlant les 80 %, le scrutin du 12 avril 2026 représente également la plus forte mobilisation de l’histoire démocra


[1] Weiler Vilmos, « Dans son discours de victoire, Péter Magyar a promis de faire rendre des comptes et d’œuvrer à la réconciliation, et a appelé Tamás Sulyok à démissionner », Telex, 12 avril 2026.

[2] Dorina Galicza, « Péter Magyar : Je sais que le simple mot majorité des deux tiers vous faisait peur – Tisza a clôturé sa campagne devant une foule immense à Debrecen », hvg, 11 avril 2026.

[3] « La campagne hongroise se rebelle : le Tisza a battu le Fidesz sur son propre terrain, et c’est dans les circonscriptions les plus fidèles au Fidesz que le nombre de revirements a été le plus important. ». Atlatszo, 15 avril 2026.

[4] Gabor Czene, « Les potentats locaux du Fidesz sont en train de retourner leur veste et s’apprêtent désormais à voter en grand nombre pour Tisza » Népszava, 21 mars 2026.

[5] Ferenc Bakró-Nagy, Balazs Cseke, « Voici, sur une carte, contre qui se présentent les 106 candidats de circonscription récemment annoncés par le Fidesz », Telex, 5 février 2026.

[6] Patrióta, « Pourquoi le Fidesz a-t-il perdu ? Qui sont les responsables ? Quelle est la suite ? », Patrióta, 16 avril 2026.

[7] Balazs Cszeke, Dora Patakfalvi, Andras Király, « Il y a des membres du Fidesz qui n’ont absolument aucune envie de participer aux travaux parlementaires dans l’opposition », Telex, 20 avril 2026.

[8] Étienne Ollion, « Changer de vie. Les députés novices et la condition politique au XXIe siècle », Politix, n° 128(4), 2020.

[9] Juliette Bresson, Étienne Ollion, « Que sont les députés novices devenus ? » dans L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

[10] Shuan Walker, « “We won’t keep quiet again” : the women taking on Viktor Orbán », The Guardian, 21 décembre 2018.

[11] Anne-Cécile Douillet, Rémi Lefebvre, Sociologie politique du pouvoir local, Armand Colin, 2017.

Ambre Bruneteau

Politiste, Doctorante au CESSP à l'Université Paris 1

Notes

[1] Weiler Vilmos, « Dans son discours de victoire, Péter Magyar a promis de faire rendre des comptes et d’œuvrer à la réconciliation, et a appelé Tamás Sulyok à démissionner », Telex, 12 avril 2026.

[2] Dorina Galicza, « Péter Magyar : Je sais que le simple mot majorité des deux tiers vous faisait peur – Tisza a clôturé sa campagne devant une foule immense à Debrecen », hvg, 11 avril 2026.

[3] « La campagne hongroise se rebelle : le Tisza a battu le Fidesz sur son propre terrain, et c’est dans les circonscriptions les plus fidèles au Fidesz que le nombre de revirements a été le plus important. ». Atlatszo, 15 avril 2026.

[4] Gabor Czene, « Les potentats locaux du Fidesz sont en train de retourner leur veste et s’apprêtent désormais à voter en grand nombre pour Tisza » Népszava, 21 mars 2026.

[5] Ferenc Bakró-Nagy, Balazs Cseke, « Voici, sur une carte, contre qui se présentent les 106 candidats de circonscription récemment annoncés par le Fidesz », Telex, 5 février 2026.

[6] Patrióta, « Pourquoi le Fidesz a-t-il perdu ? Qui sont les responsables ? Quelle est la suite ? », Patrióta, 16 avril 2026.

[7] Balazs Cszeke, Dora Patakfalvi, Andras Király, « Il y a des membres du Fidesz qui n’ont absolument aucune envie de participer aux travaux parlementaires dans l’opposition », Telex, 20 avril 2026.

[8] Étienne Ollion, « Changer de vie. Les députés novices et la condition politique au XXIe siècle », Politix, n° 128(4), 2020.

[9] Juliette Bresson, Étienne Ollion, « Que sont les députés novices devenus ? » dans L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir, Presses universitaires de Grenoble, 2022.

[10] Shuan Walker, « “We won’t keep quiet again” : the women taking on Viktor Orbán », The Guardian, 21 décembre 2018.

[11] Anne-Cécile Douillet, Rémi Lefebvre, Sociologie politique du pouvoir local, Armand Colin, 2017.