L’aura de la gastronomie française est le fruit d’une volonté politique
Difficile à traduire dans d’autres langues tant il semble être une idée tout à fait française, le terroir charrie avec lui un entrelacs de représentations – de paysages, de climats, de productions agricoles et de traditions culturelles. Il est un « espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs […] fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains », selon l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et l’UNESCO.

Au pluriel, l’expression « les terroirs » embarque avec elle un imaginaire de pratiques vernaculaires propres à des savoir-faire artisanaux. À flanc de collines ou dans les bocages, c’est l’esthétisation de la ruralité. Comment ne pas être séduit par les terroirs, à l’heure d’un ultralibéralisme déjouant continuellement les limites du temps et de l’espace ? Tangibles et sensibles, les terroirs semblent nous ramener à la terre, la vraie, quand ailleurs, les marchandises hors-sols transitent à vive allure d’un bout à l’autre de la planète.
Ces dernières années, certaines franges de l’extrême droite et de la droite identitaire n’hésitent plus à s’approprier ce référentiel, à coup de bérets vissés sur la tête et de tablées de campagne débordantes de produits « bien de chez nous ». Sur les réseaux sociaux, des groupes de jeunes néo-fascistes se mettent en scène en train de ripailler sur des nappes à carreaux. Une esthétique qui permet à ces groupuscules de mobiliser l’image d’une France d’autrefois, structurée autour de valeurs familiales simples et d’un mode de vie éloigné de la modernité aliénante. C’est au cours de ces festins villageois et rustiques que se réactive ainsi une nostalgie pour une France authentique présentée comme en voie de disparition.
Dans un contexte de bataille culturelle, les question
