Chasser l’inutile, l’obsession néolibérale
Le 11 février 2026, la présidente de la Commission européenne a condamné la multiplication de « lois inutiles » dans les pays membres de l’Union européenne, visant en particulier la « surtransposition », dénonçant par-là l’ajout de règles supplémentaires pouvant inclure, notamment, des protections accrues pour les travailleurs. Le qualificatif « inutile » sert ici, comme souvent, à dénoncer ce qui ralentit le fonctionnement du marché, mais l’effet rhétorique invoque une délégitimation immédiate, apparemment évidente, des mécanismes juridiques de protection des droits des travailleurs.

On entend partout les professionnels du politique se fixer pour objectif de supprimer l’inutile. Qualifier d’inutile une institution, une politique publique, une profession même, suffit à la délégitimer, voire à justifier son éradication. L’administration Trump, le 7 janvier 2025 justifiait son retrait de 66 organisations non gouvernementales au motif qu’elles seraient « identifiées comme inutiles, inefficaces et nuisibles[1] ». Quelques jours plus tard il mettait en place le Department of Government Efficiency (DOGE) dont le but était « de démanteler la bureaucratie gouvernementale, sabrer les régulations excessives, couper dans les dépenses inutiles, et restructurer les agences fédérales ».
Le président Trump n’a, en la matière, rien d’original : la chasse à l’inutile en politique s’étend bien au-delà des frontières des États-Unis d’Amérique. Ses propos sur le DOGE ont d’ailleurs été salués par le ministre de la Fonction publique français Guillaume Kasbarian, qui espérait pouvoir s’inspirer des bonnes pratiques de cette agence gouvernementale. La création en France, en septembre 2025, de la mission « État efficace » par le gouvernement du Premier ministre Lecornu de centre droit (a priori), poursuit le même objectif. L’inutile, les inutiles et surtout la volonté partout affirmée de les éradiquer saturent les discours politiques, et l’accusation est lourde de conséquences.
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