Critique de la raison palestinienne
On peut se demander ce qui est aujourd’hui le plus dangereux pour les Palestiniens : continuer à espérer ou céder au désespoir. « L’espoir peut être une chose dangereuse. L’espoir peut rendre un homme fou », affirme Red (interprété par Morgan Freeman) à Andy (Tim Robbins) dans le film Les Évadés (1994), alors que ce dernier prépare son évasion de sa cellule. Andy, qui parvient à s’évader héroïquement de la prison et à vivre libre et heureux, écrit à Red en réponse : « L’espoir est une bonne chose. Peut-être la meilleure des choses. »

Cela signifie-t-il qu’Andy a le dernier mot dans cet échange ? Faut-il en conclure que l’espoir est toujours une bonne chose, ou bien toujours une chose dangereuse ? Ceux qui regardent le film jusqu’à son dénouement heureux pourraient avoir le sentiment qu’Andy a remporté le débat. C’est l’espoir qui lui a apporté la liberté (et de l’argent) ; et s’il avait écouté Red, il n’aurait pas tenté de s’évader et aurait passé le reste de sa vie en prison. Mais nous ne le savons qu’en rétrospective, après coup, une fois que le plan d’évasion s’est avéré fructueux.
Pouvons-nous alors porter a priori un jugement catégorique sur la nature de l’espoir ? Et si l’évasion avait échoué ? Sommes-nous condamnés à ne considérer l’espoir qu’après coup, quand la chouette de Minerve prend son envol ? Ou bien le simple fait de tenter, l’acte même d’essayer d’atteindre un objectif, est-il en soi une bonne chose quel que soit le résultat – comme l’a formulé Samuel Beckett, « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »
Un aspect intéressant de cet échange entre Red et Andy est la juxtaposition des adjectifs qu’ils utilisent : Andy décrit l’espoir comme une bonne chose, peut-être même la meilleure des choses. Red ne construit pas sa position dans une opposition frontale : il n’affirme pas que l’espoir est une « mauvaise » chose, il formule plutôt le constat que l’espoir est une chose « dangereuse ». Or, le fait d’être dangereuse n’exclut pas d’être une
