Société

Sex, drugs and getting old

Sociologue, Sociologue

En avril 2026, le magazine LGBT+ Têtu lance une campagne de sensibilisation sur le chemsex intitulée « Avril Utile ». Soutenue par une dizaine d’associations, celle-ci est une invitation à réfléchir sur ses propres pratiques de chemsex, à s’informer et à envisager des solutions. Focus sur un public auquel on pense moins lorsqu’il est question de sexualité et d’usage de drogues : les hommes gais de 60 ans et plus.

Dans l’imaginaire collectif, la sexualité des personnes âgées est spontanément associée à une diminution du désir et de l’activité sexuelle[1]. Pourtant, l’enquête « Contexte des sexualités en France » (CSF-2023) montre qu’en 2023, 60,8 % des hommes de 60 à 89 ans ont eu au moins un rapport sexuel au cours des douze derniers mois.

publicité

Si l’évocation de ce thème peut susciter une certaine forme de malaise, c’est d’autant plus le cas lorsqu’on parle des sexualités minoritaires. Non seulement ces sexualités font encore l’objet de stigmatisation à tous les âges de la vie mais leur mention vient en plus mettre l’accent sur des dimensions affectives et sexuelles qu’il est plus confortable de penser comme inexistantes chez les plus âgé‧es.

De la même manière, si l’usage de drogues dans la population vieillissante commence tout juste à faire l’objet d’une attention plus importante, il reste un sujet de recherche minoritaire en France et en dehors du périmètre des politiques publiques. Celles-ci sont essentiellement orientées vers la figure du « jeune expérimentateur » de produits psychoactifs. Tout l’enjeu de ces politiques de prévention étant d’éviter que les usages de drogues s’installent dans la vie des individus et deviennent problématiques. La primo-consommation est ainsi immédiatement associée à la jeunesse, alors qu’il n’y a pas d’âge pour expérimenter des drogues.

Cet article prend pour objet un angle mort : les hommes gais de plus de 60 ans qui pratiquent le chemsex, à savoir la consommation de certains produits psychoactifs en vue d’une relation sexuelle. En 2023 selon l’enquête ERAS, 13 % des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ont pratiqué le chemsex au cours des six derniers mois. On s’intéresse donc à une minorité dans une minorité. Partir des récits d’hommes âgés a pour objectif de saisir des éléments d’une histoire des drogues et des communautés gaies depuis les années 1970 et de comprendre l’articulation entre chemsex et vieil


[1] Nous remercions Fred Bladou et Caroline Izambert pour leurs relectures attentionnées et leurs propositions d’amélioration.

Jeanne du Roure

Sociologue, doctorante en sociologie au CEMS à l'EHESS

Marion Serot

Sociologue, Doctorante au CEMS et CRIDUP de l'Université Paris 1

Notes

[1] Nous remercions Fred Bladou et Caroline Izambert pour leurs relectures attentionnées et leurs propositions d’amélioration.