Société

Racisme et capitalisme : le WWF face à ses contradictions

Historien

Le Fonds mondial pour la nature ne fait pas de politique : il travaille pour l’environnement, et pour tous les êtres humains. Voilà ce que prétend être le WWF (World Wide Fund for Nature). Mais depuis la démission de la présidente de sa branche française, le 28 mai dernier, l’organisation peine à sauver les apparences et se montre pour ce qu’elle est : une organisation née du colonialisme et du capitalisme.

Relatée, entre autres, par Mediapart, l’affaire débute le 4 avril lors du rassemblement contre le racisme organisé par le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, membre de LFI (La France insoumise) et cible d’agressions racistes depuis son élection. Présidente du WWF France depuis 2024, Alexandra Palt participe à l’évènement à titre personnel et, le lendemain, sur son compte LinkedIn, elle rappelle son attachement à l’« universalisme » républicain.

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Ce qui lui vaut de recevoir deux jours plus tard un courrier signé par la présidente d’honneur du WWF France, Isabelle Autissier, et par un membre du conseil d’administration, Antoine Housset. « Notre organisation se bat depuis sa création pour qu’il n’y ait pas de doute sur son apolitisme. Son objet social n’intègre pas la lutte contre le racisme… », lui font-ils savoir avant d’ajouter : « Encore faudrait-il […] que cette manifestation n’ait pas été organisée par un parti souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui, tu l’imagines, font partie de nos donateurs. » Puis, le 28 mai, évoquant une divergence de « valeurs », Alexandra Palt démissionne.

Le WWF France réagit le jour même. L’organisation explique que cette démission intervient alors qu’une procédure de révocation de la présidente avait d’ores et déjà été initiée « suite à des dysfonctionnements managériaux […], ainsi qu’à des prises de position personnelles contraires au principe d’apolitisme de l’organisation ». Mais la réplique ne suffit pas. Certains dénoncent l’antisémitisme éhonté du courrier signé par Autissier et Houette, et d’autres reprochent à l’organisation son refus de combattre le racisme. Alors, dans un nouveau communiqué de presse, tout en réaffirmant être une « organisation indépendante et non partisane », le WWF se déclare « engagé contre toutes les formes de discriminations ». « Défendre la nature ne peut se faire qu’en défendant également le respect des êtres humains », lit-on sur leur site Internet depuis le 29 mai.

L’org


[1] Nous avons notamment raconté cette histoire, avec Chico, dans Les Sacrifiés du paradis. Enquête au cœur du colonialisme vert, Delcourt – La Découverte, 2026.

Guillaume Blanc

Historien , maître de conférences à l’université Rennes 2

Notes

[1] Nous avons notamment raconté cette histoire, avec Chico, dans Les Sacrifiés du paradis. Enquête au cœur du colonialisme vert, Delcourt – La Découverte, 2026.