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Pérou : élections sous tension dans une démocratie fracturée

Sociologue et politiste , Politiste

Au Pérou, le second tour oppose deux candidats qui totalisent à peine 25 % des votes du premier tour. Un symptôme parmi d’autres d’une crise politique structurelle où la fragmentation partisane, la toute-puissance d’un parlement corrompu et la montée de la violence dessinent un cycle d’impunité sans issue visible.

Le second tour qui aura lieu dimanche 7 juin est en quelque sorte une réédition de l’élection de 2021, qui avait marqué l’approfondissement de la crise politique. S’affronteront deux candidats qui totalisent à eux deux à peine 25% des votes émis au premier tour.

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D’un côté, Keiko Fujimori, l’héritière d’un régime corrompu et autoritaire, marqué par la violation systématique des droits de l’Homme. De l’autre, Pedro Sánchez, un fidèle du président Pedro Castillo, destitué en 2022 pour sa tentative de dissoudre le parlement de manière inconstitutionnelle. Pour comprendre les enjeux des élections, il faut revenir sur les éléments constitutifs de la crise que connaît le pays.

La faiblesse historique des partis politiques

La première dimension est structurelle : la faiblesse des partis politiques. À partir de la fin des années 1980, dans un contexte d’hyperinflation et de crise politique majeure liée au « Conflit Armé Interne » et aux activités terroristes du Sentier Lumineux, les partis traditionnels ont progressivement été remplacés par des « indépendants[1] ». Cette dynamique fut inaugurée par l’élection en 1989 à la mairie de Lima de Ricardo Belmont, un propriétaire de médias et présentateur de télévision qui ne s’était jamais présenté à un scrutin. En 1990, l’élection d’Alberto Fujimori, ancien recteur d’université et animateur de télévision alors presque inconnu, face à l’écrivain Mario Vargas Llosa et son Frente Democrático qui rassemblait un grand nombre d’organisations politiques institutionnalisées du pays, confirma cette tendance.

Le tournant autoritaire du régime de Fujimori à partir de la dissolution illégale du parlement en 1992 et les réformes radicales d’ajustement structurel ont amplifié la déstructuration du champ politique. La flexibilisation des droits du travail et les restrictions au droit de grève ont affaibli les organisations syndicales[2]. La répression des mouvements sociaux menée au nom de la lutte contre le Sentier Lumineux et les att


[1] Nicolás Lynch, Una tragedia sin héroes : La derrota de los partidos y el origen de los independientes Perú, Fondo Editorial, Universidad Nacional Mayor de San Marcos, 1999.

[2] Juan Chacaltana, « Reforma en la contratación y despido en el Perú de los 90 : lecciones y perspectivas », Economia, vol. 24, n° 48, 2001.

[3] « Comisión de la Verdad y Reconciliación », Informe Final, Lima, 2003

[4] Alberto Vergara, « Compra y calla : representar y gobernar en el Perú contemporáneo (1992-2021) », in La condena de la libertad : De Túpac Amaru II al bicentenario peruano en seis ensayos y un colofón, (dir. Paulo Drinot et Alberto Vergara), Crítica Perú, 2022.

[5] Début 2026, le président José Jerí a également été renversé par le parlement. Ce dernier n’ayant pas été élu, mais occupant la Présidence de la République en tant que président du parlement, une simple procédure de censure, et non de destitution, fut nécessaire.

[6] À noter que la cinquantaine de décès liés à la répression des manifestations de 2022-2023, qui ont fait suite à la destitution de Pedro Castillo, n’ont pas été considérés comme « moralement » répréhensibles par une majorité parlementaire alors ravie d’avoir trouvé en sa remplaçante Dina Boluarte une alliée politique.

[7] Pour plus de détails sur ces lois « pro-crime », voir Arthur Morenas, « Comprendre les ressorts de la spirale d’insécurité au Pérou à la veille des élections générales », Le Rubicon, avril 2026.

[8] Ministère de l’Intérieur, Cobro y Silencio : La Dinámica de la Extorsión en el Perú, 2025.

[9] En 2021, dix organisations politiques ont obtenu une représentation parlementaire et se sont partagé les 130 sièges du Congrès.

Arthur Morenas

Sociologue et politiste , Chercheur postdoctoral à la Casa de Velázquez (Madrid)

Diego Sánchez Flórez

Politiste, Chercheur en Science politique diplômé de l’Universidad Antonio Ruiz de Montoya (UARM)

Notes

[1] Nicolás Lynch, Una tragedia sin héroes : La derrota de los partidos y el origen de los independientes Perú, Fondo Editorial, Universidad Nacional Mayor de San Marcos, 1999.

[2] Juan Chacaltana, « Reforma en la contratación y despido en el Perú de los 90 : lecciones y perspectivas », Economia, vol. 24, n° 48, 2001.

[3] « Comisión de la Verdad y Reconciliación », Informe Final, Lima, 2003

[4] Alberto Vergara, « Compra y calla : representar y gobernar en el Perú contemporáneo (1992-2021) », in La condena de la libertad : De Túpac Amaru II al bicentenario peruano en seis ensayos y un colofón, (dir. Paulo Drinot et Alberto Vergara), Crítica Perú, 2022.

[5] Début 2026, le président José Jerí a également été renversé par le parlement. Ce dernier n’ayant pas été élu, mais occupant la Présidence de la République en tant que président du parlement, une simple procédure de censure, et non de destitution, fut nécessaire.

[6] À noter que la cinquantaine de décès liés à la répression des manifestations de 2022-2023, qui ont fait suite à la destitution de Pedro Castillo, n’ont pas été considérés comme « moralement » répréhensibles par une majorité parlementaire alors ravie d’avoir trouvé en sa remplaçante Dina Boluarte une alliée politique.

[7] Pour plus de détails sur ces lois « pro-crime », voir Arthur Morenas, « Comprendre les ressorts de la spirale d’insécurité au Pérou à la veille des élections générales », Le Rubicon, avril 2026.

[8] Ministère de l’Intérieur, Cobro y Silencio : La Dinámica de la Extorsión en el Perú, 2025.

[9] En 2021, dix organisations politiques ont obtenu une représentation parlementaire et se sont partagé les 130 sièges du Congrès.