Société

La pornographie, une catégorie à déconstruire

Chercheur en sciences de l'information et de la communication

La pornographie est habituellement présentée comme un ennemi à combattre dans le cadre de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Ce texte propose une voie différente, qui consiste à déconstruire cette catégorie datée de la régulation des médias. Sortir de la dénonciation essentialiste de « la pornographie » permet de renouer avec la critique des rapports de pouvoir qui traversent les sexualités.

«La pornographie » est une figure repoussoir récurrente dans le débat sur l’éducation à la sexualité. Les opposants à l’EVARS dénoncent une école devenue « pornographique », accusée d’empiéter sur l’autorité parentale et d’exposer les enfants à des contenus jugés déviants. En face, les défenseurs de l’EVARS invoquent une menace du même nom : si l’école ne s’en charge pas, alors c’est « la pornographie » qui fera l’éducation sexuelle de « nos » jeunes.

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« La pornographie » fonctionne, y compris au sein de nombreux discours progressistes, comme une évidence morale. Les contours de cette catégorie sont pourtant rarement définis avec clarté. Le nouveau programme EVARS publié en 2025 oppose par exemple « esthétique érotique » et « représentation pornographique », sans expliciter les critères de distinction. Le rapport « Porno : l’enfer du décor » publié par la Délégation aux droits des femmes du Sénat en 2022, puis le rapport « Pornocriminalité » publié par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes en 2023, la dénoncent tantôt pour son manque de réalisme, tantôt pour sa violence, sans non plus prendre le soin de définir ce que serait une représentation réaliste et non violente de la sexualité. À travers ces documents de cadrage, les intervenant·es en EVARS sont interpellé·es en tant que personnes qui, par leur seule qualité d’adultes éduqué·es, seraient naturellement en mesure distinguer le vrai du faux et le consensuel du violent, et dont la mission serait simplement de transmettre ce bon sens républicain à la jeunesse.

Interroger les normes de régulation des médias

Une voie alternative consiste à sortir de l’évidence morale pour faire de la pornographie, non plus un ennemi à combattre, mais une catégorie morale à déconstruire pour renouer avec la réflexion éthique. L’éveil du sens critique des élèves est difficilement compatible avec la répétition de slogans arrêtés (« la pornographie est violente ») et d’injonctions vagues (« il faut distingu


[1] Lisa Sigel, « L’obscénité entre de mauvaises mains. Cartes postales et expansion de la pornographie en Grande-Bretagne et dans le monde atlantique (1880-1914) », Cultures pornographiques. Anthologie des porn studies, Florian Vörös dir., Éditions Amsterdam, 2015.

[2] Lynn Hunt, The Invention of Pornography. Obscenity and the Origins of Modernity, Zone Books, 1993. – Walter Kendrick, The Secret Museum. Pornography in Modern Culture, Viking, 1987. – Annie Stora-Lamarre, L’Enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes (1881-1914), Imago, 1989.

[3] Berg Heather, « Une scène n’est qu’un outil marketing. Le travail indépendant des actrices dans l’économie de la pornographie en ligne aux États-Unis », Réseaux, vol. 41, n° 237, 2023.

[4] Florian Vörös, « Puritanisme sexuel et capitalisme numérique. Entretien avec Susanna Paasonen, Kylie Jarrett et Ben Light », Revue française de socio-économie, n° 25, 2020.

[5] Thibault Grison, Faire dire, faire taire. La modération (algorithmique) des réseaux sociaux numériques au prisme des sexualités, thèse, Sorbonne Université, 2024 ; Béatrice Damian-Gaillard, Aurore Krol, Florian Vörös, « Créer du contenu féministe et queer sur la vie affective et sexuelle sur les plateformes numériques : le récit de soi authentique comme travail d’équilibriste », à paraître.

[6] Yaëlle Amsellem-Mainguy, Arthur Vuattoux, Les Jeunes, la sexualité et Internet, Éditions les Pérégrines, 2020. – Ludi Demol, Explorations pornographiques : les filles face aux productions sexuellement excitantes, thèse, Paris 8, 2023.

[7] Clarissa Smith et al., « Les motifs de la consommation de pornographie », Cultures pornographiques.

[8] En France, 32% des jeunes femmes et 43% des jeunes hommes en couple hétérosexuel ont déjà reçu une photo intime de leur partenaire et 37% des jeunes femmes et 34% des jeunes hommes en couple hétérosexuel en ont déjà envoyé à leur partenaire, selon Yaëlle Amsellem-Mainguy et Michel Bozon, « La sexualité en pratique. Actes sexuels,

Florian Vörös

Chercheur en sciences de l'information et de la communication, Enseignant-chercheur à l'université de Lille

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Mots-clés

#metooSexualité

Notes

[1] Lisa Sigel, « L’obscénité entre de mauvaises mains. Cartes postales et expansion de la pornographie en Grande-Bretagne et dans le monde atlantique (1880-1914) », Cultures pornographiques. Anthologie des porn studies, Florian Vörös dir., Éditions Amsterdam, 2015.

[2] Lynn Hunt, The Invention of Pornography. Obscenity and the Origins of Modernity, Zone Books, 1993. – Walter Kendrick, The Secret Museum. Pornography in Modern Culture, Viking, 1987. – Annie Stora-Lamarre, L’Enfer de la IIIe République. Censeurs et pornographes (1881-1914), Imago, 1989.

[3] Berg Heather, « Une scène n’est qu’un outil marketing. Le travail indépendant des actrices dans l’économie de la pornographie en ligne aux États-Unis », Réseaux, vol. 41, n° 237, 2023.

[4] Florian Vörös, « Puritanisme sexuel et capitalisme numérique. Entretien avec Susanna Paasonen, Kylie Jarrett et Ben Light », Revue française de socio-économie, n° 25, 2020.

[5] Thibault Grison, Faire dire, faire taire. La modération (algorithmique) des réseaux sociaux numériques au prisme des sexualités, thèse, Sorbonne Université, 2024 ; Béatrice Damian-Gaillard, Aurore Krol, Florian Vörös, « Créer du contenu féministe et queer sur la vie affective et sexuelle sur les plateformes numériques : le récit de soi authentique comme travail d’équilibriste », à paraître.

[6] Yaëlle Amsellem-Mainguy, Arthur Vuattoux, Les Jeunes, la sexualité et Internet, Éditions les Pérégrines, 2020. – Ludi Demol, Explorations pornographiques : les filles face aux productions sexuellement excitantes, thèse, Paris 8, 2023.

[7] Clarissa Smith et al., « Les motifs de la consommation de pornographie », Cultures pornographiques.

[8] En France, 32% des jeunes femmes et 43% des jeunes hommes en couple hétérosexuel ont déjà reçu une photo intime de leur partenaire et 37% des jeunes femmes et 34% des jeunes hommes en couple hétérosexuel en ont déjà envoyé à leur partenaire, selon Yaëlle Amsellem-Mainguy et Michel Bozon, « La sexualité en pratique. Actes sexuels,