Guérillas artistiques à l’ère de la culture numérique
Le 29 avril 2026, aux premières heures du jour, une statue est érigée en plein cœur de Londres, sur un îlot central de Pall Mall, à deux pas de Buckingham Palace. Représentant un homme moderne avançant vers le vide, le visage recouvert du drapeau qu’il brandit, elle est rapidement identifiée comme une œuvre du street artiste le plus célèbre de la planète : Banksy. Non seulement ce dernier a apposé sa signature sur le socle de la statue, mais, dès le lendemain, a revendiqué son geste en postant, sur son compte Instagram, une courte vidéo montrant comment l’œuvre a été installée presque aussi rapidement que ne le sont ses pochoirs sur les murs urbains.

Pourquoi une statue et non les habituels pochoirs que les badauds reconnaissent sans peine et que les autorités publiques cherchent le plus souvent à conserver malgré leur caractère illégal ? Banksy, dont l’identité a enfin été révélée en mars 2026, s’est en réalité converti à un phénomène artiviste[1] très récent : le « monument sauvage ». Passé le temps des contre-monuments, dont l’un des traits distinctifs est de se poser telle l’inversion de la statuaire monumentale, notre époque est en effet marquée par l’érection clandestine d’œuvres qui, tout en répondant à la grammaire plastique très formatée de la statuaire aux grands hommes, constituent un contrepoint éphémère et contestataire aux monuments érigés avec une intention d’éternité.
Trump dénudé dans l’espace public
C’est en août 2016, dans le contexte de la campagne électorale menée par Donald Trump en vue de son accession à un premier mandat présidentiel, que le collectif INDECLINE revendique l’installation, dans plusieurs villes américaines, de statues représentant le milliardaire dans son plus simple appareil. Les bras croisés sur un ventre proéminent, cette effigie de Trump, réalisée en argile et en silicone, n’apparaît alors ni totalement comme un geste artistique, ni même comme le produit d’une action strictement militante, mais plutôt comme une s
