International

L’aide au développement : une croyance remise en question ?

Sociologue, Historien et politiste, Politiste et journaliste

Si l’aide au développement des pays du Sud a caractérisé la période post-coloniale, l’entrée dans le XXIe siècle a marqué un tournant. Devant des résultats présentés comme décevants, l’aide au développement ne semble plus en mesure d’assurer le maintien de la paix et le soutien à la prospérité. Le secteur de l’aide est-il condamné à la crise ? Ou est-ce le paradigme même de développement qui doit être repensé ?

Le 20 janvier 2025 restera un jour sombre pour les acteurs de la coopération américaine. Le jour suivant son retour à la présidence, Donald Trump a signé un décret ordonnant le gel immédiat de tous les programmes de l’USAID pendant 90 jours. L’ordre a été suivi quinze jours plus tard par l’annonce de la fermeture de l’USAID, qualifiée d’« organisation criminelle ».

publicité

Au-delà de la stupéfaction, les analystes ont renvoyé les médias vers le « Project 2025 », où l’ensemble de ces mesures étaient annoncées et justifiées par une triple ambition : réduire l’influence du gouvernement fédéral, recentrer la politique étrangère sur les intérêts nationaux, et éliminer les programmes jugés « idéologiquement hostiles » aux valeurs conservatrices. Partant de ce constat, et après que les USA se sont retirés également des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies et de l’Accord de Paris, le magazine Foreign Policy a titré « The End of Development ».

Plus que l’avenir incertain des politiques d’aide au développement, c’est l’idée même de développement tel que le monde occidental l’a promue depuis 80 ans qui est questionnée. Pour l’administration Trump, l’aide étrangère ne doit plus avoir pour mission d’assurer le développement des pays les plus pauvres ou de réduire les inégalités – sans parler d’épouser les idées de solidarité mondiale ou de réparations pour le colonialisme ou la justice climatique, qui sont bien évidemment jetées aux orties par cette administration : elle doit uniquement sceller des pactes de sécurité pour assurer l’hégémonie états-unienne sur le contrôle des chaînes de valeur et l’accès aux ressources en matières premières, tout en améliorant les débouchés pour les produits américains, qu’il s’agisse de la santé ou des produits alimentaires. Dans ce contexte, il est important de revenir sur l’histoire de cette idéologie – ou de cette croyance, comme l’a conceptualisé Gilbert Rist dans l’ouvrage qui fit sans doute le plus de bruit de l’his


[1] Gilbert Rist, Le développement: Histoire d’une croyance occidentale, Presses de Sciences Po, 1996.

[2] Rostow (1916–2003) était un économiste et conseiller politique américain. Il a notamment publié The Stages of Economic Growth: A Non‑Communist Manifesto (Cambridge University Press, 1960), ce livre proposait l’idée que les pays du Sud devaient « rattraper » les pays industrialisés en suivant les mêmes 5 étapes : société traditionnelle, conditions préalables au décollage, décollage (take‑off), marche vers la maturité, consommation de masse.

[3] Jean-Michel Severino, Olivier Charnoz, L’Aide publique au développement, La Découverte, 2015.

[4] Voir par exemple : Pluriverse. A Post-Development Dictionary, Tulika Books, 2019. Pour une présentation complète des théories du développement : Gérard Berthoud, Les Théories du développement, Presses Universitaires de France (PUF), 2001.

[5] Parmi les auteurs phares, on peut citer : André Gunder Frank, Samir Amin, Fernando Henrique Cardoso. Pour une recension des débats dans: Grégoire Mallard, Shirin Barol, and Nina T. Kiderlin, « The United States in the World Today: How Sociologists Think About It and Why It Matters », Annual Review of Sociology, 2024.

[6] Grégoire Mallard, Gift Exchange. The Transnational History of a Political Idea, Cambridge University Press, 2019.

[7] Jean-David Naudet, « Les réformes de l’aide au développement en perspective de la nouvelle gestion publique », Working Paper, No. 119, 2012.

[8] Pour une analyse du discours de la Banque mondiale qui identifie bien ce tournant, voir Franco Moretti et Dominique Pestre, « Banspeak », New Left Review, 2015.

[9] Gilbert Rist, Le développement.

[10] Pour une analyse critique, voir François Doligez, « L’aide au développement à l’épreuve des stratégies absurdes », International Journal of Development Studies, 241, 2020.

[11] En 1970, l’Assemblée générale des Nations unies a fixé comme objectif aux pays de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l&rs

Grégoire Mallard

Sociologue, Directeur de recherche et professeur ordinaire au Département d'anthropologie et de sociologie de l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève

Dominic Eggel

Historien et politiste, Directeur exécutif de la recherche au Geneva Graduate Institute

Marc Galvin

Politiste et journaliste, Responsable de la valorisation de la recherche au Geneva Graduate Institute

Notes

[1] Gilbert Rist, Le développement: Histoire d’une croyance occidentale, Presses de Sciences Po, 1996.

[2] Rostow (1916–2003) était un économiste et conseiller politique américain. Il a notamment publié The Stages of Economic Growth: A Non‑Communist Manifesto (Cambridge University Press, 1960), ce livre proposait l’idée que les pays du Sud devaient « rattraper » les pays industrialisés en suivant les mêmes 5 étapes : société traditionnelle, conditions préalables au décollage, décollage (take‑off), marche vers la maturité, consommation de masse.

[3] Jean-Michel Severino, Olivier Charnoz, L’Aide publique au développement, La Découverte, 2015.

[4] Voir par exemple : Pluriverse. A Post-Development Dictionary, Tulika Books, 2019. Pour une présentation complète des théories du développement : Gérard Berthoud, Les Théories du développement, Presses Universitaires de France (PUF), 2001.

[5] Parmi les auteurs phares, on peut citer : André Gunder Frank, Samir Amin, Fernando Henrique Cardoso. Pour une recension des débats dans: Grégoire Mallard, Shirin Barol, and Nina T. Kiderlin, « The United States in the World Today: How Sociologists Think About It and Why It Matters », Annual Review of Sociology, 2024.

[6] Grégoire Mallard, Gift Exchange. The Transnational History of a Political Idea, Cambridge University Press, 2019.

[7] Jean-David Naudet, « Les réformes de l’aide au développement en perspective de la nouvelle gestion publique », Working Paper, No. 119, 2012.

[8] Pour une analyse du discours de la Banque mondiale qui identifie bien ce tournant, voir Franco Moretti et Dominique Pestre, « Banspeak », New Left Review, 2015.

[9] Gilbert Rist, Le développement.

[10] Pour une analyse critique, voir François Doligez, « L’aide au développement à l’épreuve des stratégies absurdes », International Journal of Development Studies, 241, 2020.

[11] En 1970, l’Assemblée générale des Nations unies a fixé comme objectif aux pays de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l&rs