Baiser au-delà du capitalisme : le mouvement sexpositif
Cette contribution se propose d’envisager les sexualités post-capitalistes à partir des réflexions et expériences « sexpositives » passées et présentes. En cela, elle prolonge le chapitre dédié à ce thème rédigé par Elsa Dorlin dans l’indispensable ouvrage collectif Mondes post-capitalistes (La Découverte) dirigé par Jerôme Baschet et Laurent Jeanpierre et publié plus tôt cette année.

Dans son chapitre, notre collègue esquisse principalement deux pistes pour définir des sexualités post-capitalistes : la grève du sexe et la fin de la sexualité. Elle écrit (p. 787) : « dans le post-capitalisme, il n’y aura plus de sexualité. Il y aura certainement des formes d’ascèse sexuelle (peu de sexualité, avec peu de monde), d’autoérotisme jouissif dans lequel on ne peut pas présumer la forme que prendra le rapport à ce “soi”, de déterritorialisation érotique, somatique et affective, imaginative, sensitive et chimique, de géopolitiques des attachements : peut-être des formes de coalition sexuelle authentiquement solidaires et inspirantes. » Après bell hooks, elle appelle de ses vœux des « éthiques de l’amour désexualisées, resexualisées différemment, mais aussi déracialisées ».
Comme le volume, qui fait office de manuel de sortie du capitalisme, défend l’idée qu’il n’y a et n’y aura pas de stratégie, de recette ou de méthode unique pour atteindre une société libre et épanouissante (page 7 de l’ouvrage) et une vie bonne (p. 28), mais bien plutôt une « pluralité de mondes » (p. 33), je propose ici des pistes théoriques et empiriques complémentaires à celles esquissées par Elsa Dorlin. Je mets l’accent, en particulier, sur les contributions de la philosophie et des communautés dites « sexpositives », c’est-à-dire qui considèrent que la sexualité est – ou peut être – une expérience positive et précieuse dans la vie des personnes (que cela ait déjà été le cas, ou pas) ; et qui célèbrent la diversité sexuelle, des désirs, des choix individuels et des structures relationnelle
