Société

Baiser au-delà du capitalisme : le mouvement sexpositif

Politiste

Du féminisme pro-sexe des années 1980 aux communautés sexpositives contemporaines, les sexualités post-capitalistes ne se décrètent pas – elles s’expérimentent, se négocient et s’inventent collectivement, sur des matelas autant qu’en théorie.

Cette contribution se propose d’envisager les sexualités post-capitalistes à partir des réflexions et expériences « sexpositives » passées et présentes. En cela, elle prolonge le chapitre dédié à ce thème rédigé par Elsa Dorlin dans l’indispensable ouvrage collectif Mondes post-capitalistes (La Découverte) dirigé par Jerôme Baschet et Laurent Jeanpierre et publié plus tôt cette année.

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Dans son chapitre, notre collègue esquisse principalement deux pistes pour définir des sexualités post-capitalistes : la grève du sexe et la fin de la sexualité. Elle écrit (p. 787) : « dans le post-capitalisme, il n’y aura plus de sexualité. Il y aura certainement des formes d’ascèse sexuelle (peu de sexualité, avec peu de monde), d’autoérotisme jouissif dans lequel on ne peut pas présumer la forme que prendra le rapport à ce “soi”, de déterritorialisation érotique, somatique et affective, imaginative, sensitive et chimique, de géopolitiques des attachements : peut-être des formes de coalition sexuelle authentiquement solidaires et inspirantes. » Après bell hooks, elle appelle de ses vœux des « éthiques de l’amour désexualisées, resexualisées différemment, mais aussi déracialisées ».

Comme le volume, qui fait office de manuel de sortie du capitalisme, défend l’idée qu’il n’y a et n’y aura pas de stratégie, de recette ou de méthode unique pour atteindre une société libre et épanouissante (page 7 de l’ouvrage) et une vie bonne (p. 28), mais bien plutôt une « pluralité de mondes » (p. 33), je propose ici des pistes théoriques et empiriques complémentaires à celles esquissées par Elsa Dorlin. Je mets l’accent, en particulier, sur les contributions de la philosophie et des communautés dites « sexpositives », c’est-à-dire qui considèrent que la sexualité est – ou peut être – une expérience positive et précieuse dans la vie des personnes (que cela ait déjà été le cas, ou pas) ; et qui célèbrent la diversité sexuelle, des désirs, des choix individuels et des structures relationnelle


[1] Parmi une abondante littérature, voir par exemple : Carole S. Vance, Pleasure and Danger: Exploring Female Sexuality, Thorsons, 1985.

[2] Pour une synthèse des débats en français, voir Cornelia Möser, Libérations sexuelles. Une histoire des pensées féministes et queer sur la sexualité, La Découverte, 2022.

[3] Gayle S. Rubin, « Thinking Sex: Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality », The Lesbian and Gay Studies Reader, H. Abelove et al. éd., Routledge, 1993.

[4] L’œuvre de Catharine MacKinnon est considérable ; pour une contribution récente et ayant eu de l’influence, voir : Le viol redéfini. Vers l’égalité, contre le consentement, Flammarion, 2023.

[5] « Au-delà du consentement. Pour une théorie féministe de la séduction », Raisons politiques, 46, 2012.

[6] « Une éthique de la sexualité : harcèlement, pornographie, prostitution », Vacarme, 22, 2003.

[7] Clara Serra, La Doctrine du consentement, La Fabrique, 2025.

[8] Irène Théry, Moi aussi. La Nouvelle civilité sexuelle, Points, 2024.

[9] Je fais référence ici à une tribune désormais célèbre, signée par Catherine Deneuve et cent autres personnalité, intitulée « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » et publiée dans Le Monde le 9 janvier 2018.

[10] Manon Garcia, La Conversation des sexes. Philosophie du consentement, Flammarion, 2021.

[11] Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution, Le Passager Clandestin, 2025.

[12] Irène Théry, Moi aussi. Une nouvelle civilité sexuelle, Le Seuil, 2022.

Isaline Bergamaschi

Politiste, Professeure de science politique à l’Université libre de Bruxelles

Rayonnages

SociétéGenre

Mots-clés

Sexualité

Notes

[1] Parmi une abondante littérature, voir par exemple : Carole S. Vance, Pleasure and Danger: Exploring Female Sexuality, Thorsons, 1985.

[2] Pour une synthèse des débats en français, voir Cornelia Möser, Libérations sexuelles. Une histoire des pensées féministes et queer sur la sexualité, La Découverte, 2022.

[3] Gayle S. Rubin, « Thinking Sex: Notes for a Radical Theory of the Politics of Sexuality », The Lesbian and Gay Studies Reader, H. Abelove et al. éd., Routledge, 1993.

[4] L’œuvre de Catharine MacKinnon est considérable ; pour une contribution récente et ayant eu de l’influence, voir : Le viol redéfini. Vers l’égalité, contre le consentement, Flammarion, 2023.

[5] « Au-delà du consentement. Pour une théorie féministe de la séduction », Raisons politiques, 46, 2012.

[6] « Une éthique de la sexualité : harcèlement, pornographie, prostitution », Vacarme, 22, 2003.

[7] Clara Serra, La Doctrine du consentement, La Fabrique, 2025.

[8] Irène Théry, Moi aussi. La Nouvelle civilité sexuelle, Points, 2024.

[9] Je fais référence ici à une tribune désormais célèbre, signée par Catherine Deneuve et cent autres personnalité, intitulée « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » et publiée dans Le Monde le 9 janvier 2018.

[10] Manon Garcia, La Conversation des sexes. Philosophie du consentement, Flammarion, 2021.

[11] Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution, Le Passager Clandestin, 2025.

[12] Irène Théry, Moi aussi. Une nouvelle civilité sexuelle, Le Seuil, 2022.